
LinkedIn redéploie, au niveau mondial, l’onglet vidéo immersif. Pourquoi ce retour après plus d’un an de retrait ? Quels sont les nouveaux codes de distribution imposés par le « Creator Classification System » ? Décryptage.
LinkedIn redéploie progressivement l’onglet vidéo dans son application mobile, 14 mois à peine après l’avoir supprimé dans tous les pays, sauf aux États-Unis.
Il faut dire qu’à l’époque, quelques mois après la première introduction des vidéos verticales immersives, à l’été 2024, LinkedIn n’avait pas parlé d’abandon, mais de la fin… d’une phase de « test and learn ».
L’objectif était alors double :
- Analyser la consommation native, autrement dit voir si la vidéo pouvait survivre uniquement au sein du fil d’actualité principal sans « maison » dédiée, et comparer ses performances par rapport au marché témoin US
- Préparer le terrain technologique, le système de recommandation de l’époque, une « usine à fonctionnalités » composée de nombreux modèles isolés qui traitaient les signaux binaires (clics, likes, hashtags…) de manière fragmentée, n’étant pas assez puissant pour rivaliser avec les standards de TikTok ou des Reels (Instagram) en termes de pertinence sémantique
Sous le capot, un moteur plus favorable à la vidéo
Sauf que depuis l’été 2025, comme le savent les personnes qui me suivent ici, dans ma newsletter ou via mon profil, il y a un moteur totalement différent sous le capot : 360Brew. Un moteur que LinkedIn ne cesse d’améliorer depuis lors… et qui devrait être nettement plus favorable à la vidéo à l’avenir (SocialInsider évoque une baisse de 36% des vues moyennes en un an) et à son intégration dans l’éco-système de la filiale de Microsoft.
Contrairement au précédent système, 360Brew est un moteur de raisonnement sémantique unifié de 150 milliards de paramètres.
Plutôt que de simplement « détecter » un format vidéo, il « lit » et « comprend » le contenu à travers les transcriptions textuelles pour en évaluer la profondeur professionnelle.
Cette compréhension sémantique permet donc à une vidéo d’être distribuée non pas parce qu’elle est « virale », mais parce que son expertise est jugée pertinente pour une audience cible.
« Dwell time » et taux de rétention

360Brew a été conçu pour privilégier la rétention de l’attention plutôt que la viralité superficielle. Or la vidéo est le format qui génère naturellement le plus de temps de séjour (« dwell time ») sur la plateforme. Dans le marché témoin américain, LinkedIn a observé que les utilisateurs ayant accès à l’onglet dédié passaient en moyenne 2,2 fois plus de temps à visionner du contenu que dans les autres régions.
Contrairement à l’ancien système qui pouvait être « hacké » par des titres accrocheurs menant à une déception rapide (« clics-rebonds »), 360Brew mesure si l’utilisateur regarde la vidéo jusqu’au bout. Donc pas seulement le « dwell time », mais aussi le taux de rétention/profondeur (et d’enregistrements, et de partages en messages privés).
Une vidéo éducative de haute qualité qui retient l’utilisateur, le fait revenir ou pousse d’autres à s’y intéresser, reçoit désormais un boost » algorithmique » massif que le texte seul a plus de mal à égaler.
Expertise et cohérence

360Brew constitue aussi une avancée en termes de cohérence, avec une audition « profil-contenu », préalable à toute viralisation.
Oui, LinkedIn effectue une vérification sémantique croisée entre le sujet de votre contenu, votre vidéo par exemple, et votre identité professionnelle déclarée (titre, infos, expérience…).
Dans l’ancien système, n’importe quelle vidéo « divertissante » pouvait percer. Y compris celles volées sur d’autres réseaux.
Aujourd’hui, un score de confiance et de pertinence invisible (le « Creator Classification System » ou « CSS ») permet à l’IA de mapper précisément votre « ADN » (2 à 3 piliers thématiques), débloquant ainsi une portée plus qualifiée, mais pas forcément plus volumineuse.
Donc si vous êtes un expert financier et que vous publiez soudainement sur le jardinage, la pile de systèmes (extraction, classement, personnalisation…) fonctionnant en séquence de 360Brew identifiera une incohérence d’expertise et bridera votre portée.
L’onglet vidéo immersif est en quelque sorte le terminal physique de ce passage d’un graphe de relations à un graphe d’intérêt. Il permet à vos vidéos d’être découvertes par des décideurs qui ne font pas partie de votre réseau, mais qui ont manifesté un intérêt pour votre expertise. Et à LinkedIn d’alimenter ses suggestions de contenus et, sans doute d’ici quelques mois, de monétiser de nouveaux espaces publicitaires « premium ».
Dernier rempart contre l’IA ?

Enfin, dans un flux saturé de textes générés par IA (que j’estime au doigt mouillé à 60% du contenu), 360Brew utilise la vidéo comme un signal de confiance et de vérification humaine.
L’IA peut imiter une structure de post, surtout si elle est bien entraînée, mais elle a beaucoup plus de mal à simuler l’authenticité d’un visage et d’une voix d’expert.
L’architecture 360Brew possède un signal « anti-slop » qui détecte la faible entropie lexicale (phrasé répétitif, structures de templates).
C’est là que la vidéo « lo-fi » (authentique, brute…) gagne sa prime de visibilité : elle surperforme les vidéos sur-produites de 1,8x à 2,6x car elle garantit l’origine humaine.
Comme si la vidéo toute simple, avec un visage humain, était devenue le dernier rempart de l’authenticité… sur une plateforme profondément dopée à l’IA.
Xavier Degraux ► Stratège Communication Corporate ► Expert LinkedIn™, Employee Advocacy, Thought Leadership & Social Selling ► Je transforme Marques, ComEx & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco

