
En Belgique, le LinkedIn Hiring Rate (LHR), cet indice qui mesure le pourcentage mensuel de professionnels qui changent d’employeur, révèle un volume de recrutements en chute libre de 35% par rapport à 2016. Comparaison de la Belgique aux autres pays, décryptage des disparités sectorielles et démontage des biais techniques de l’indice de LinkedIn.
Mon analyse du LinkedIn Hiring Rate (LHR), qui comptabilise les membres du réseau social professionnel démarrant un nouveau poste et mettant à jour leur profil via la section « Expérience », pose un diagnostic très lourd sur la Belgique.
Notre pays affiche en effet un indice de 0,65 (base 1,0). Autrement dit, le volume de recrutements dans le pays se situe 35% en dessous de la référence de 2016, alors qu’à l’échelle mondiale, le recrutement global a quasiment retrouvé son niveau d’il y a 10 ans.
Concrètement, on parle de quelques 68.000 changements d’emploi sur LinkedIn en avril dernier, sur un total de 6,7 millions de membres, et même d’à peine 59.000 nouvelles expériences professionnelles en mai.
Benchmarking mondial : la Belgique en queue de peloton
Comme on le constate dans cette infographie, la Belgique occupe désormais la 69ème place mondiale sur 78 pays audités au sein du classement global basé sur le LHR, juste devant la Pologne, la Suède et les Pays-Bas (72èmes avec 0,63).

À bien y regarder, notre pays s’enclot dans un cluster « Benelux », collé aux Pays-Bas et au Luxembourg (0,55).
Même si les économies avancées affichent tous des taux inférieurs à l’avant-pandémie, la Belgique se fait distancer par ses voisins directs et ses alliés économiques :
- Allemagne : 0,90 (45ème)
- États-Unis : 0,85 (48ème)
- Royaume-Uni : 0,79 (56ème)
- France : 0,79 (57ème)
La marche mondiale est menée par le Nigeria, avec un indice LHR de 2,10. Il devance le Sri Lanka (1,94), l’Inde (1,67) et le Pakistan (1,64), qui captent notamment une part croissante des embauches transfrontalières des entreprises occidentales qui cherchent à optimiser leurs coûts.
Pas une simple fluctuation saisonnière
Si les données mensuelles belges isolées ont pu montrer un léger sursaut technique à 0,76 au printemps, la tendance structurelle globale, elle, reste profondément déprimée.

La main-d’œuvre belge, devenue prudente face à la conjoncture, préfère sécuriser ses acquis et s’ancrer dans ses positions actuelles.
Ce phénomène de rétention bloque les opportunités et crée un effet de verrouillage inédit pour les directeurs des ressources humaines (DRH) et les recruteurs du pays, désormais noyés de candidatures à chaque (rare) nouvelle offre d’emploi.
Effondrement de la tech, de l’info et des médias
Sans surprise, la baisse globale du recrutement en Belgique masque des réalités de terrain extrêmement divergentes d’une industrie à l’autre.
Le marché belge évolue désormais à deux vitesses, opposant les métiers de terrain aux fonctions de bureau.

Le signal le plus violent concerne le secteur « Technologie, information et médias », avec un indice de 0,51, soit une vitesse de recrutement divisée par deux par rapport à 2016. Ce chiffre matérialise la vague de rationalisation budgétaire et le gel des investissements dans l’écosystème digital.
À l’inverse, la construction (0,93) et la santé (0,85) affichent la plus forte résilience. Ces secteurs de terrain échappent par nature aux contractions liées à l’économie de bureau et au télétravail, la demande de main-d’œuvre y restant structurelle et locale.
Entre les deux, le secteur tertiaire supérieur (services financiers et services professionnels) se fige, semblant limiter ses embauches au strict remplacement des départs.
Méthodologie et angles morts : les biais de l’outil de LinkedIn
Pour exploiter correctement ces indices, une lecture critique s’impose.
Le LinkedIn Hiring Rate est une donnée dite « naturellement générée » qui ne s’appuie pas sur un échantillon aléatoire ou représentatif de la population active totale.
Elle comporte trois biais majeurs, notamment identifiés par les instituts officiels de statistique, dont Destatis en Allemagne.

- Le biais de sur-activité des cadres
Les professionnels inscrits sur LinkedIn (1,35 milliard dans le monde) ne représentent pas la moyenne des travailleurs. Ils appartiennent majoritairement aux fonctions managériales et white-collar, et affichent historiquement une propension à changer d’employeur plus élevée que la moyenne nationale. En période de crise, ce public réagit plus vite et plus fort, ce qui tend à amplifier artificiellement la courbe de baisse par rapport aux chiffres des caisses de sécurité sociale. - La distorsion sectorielle
Si le LHR est un miroir quasi parfait pour les services de l’information (avec un coefficient de corrélation de 0,95 avec les données officielles), sa fiabilité s’effondre dans des secteurs comme l’éducation ou l’industrie lourde. Dans ces branches, la pénétration de la plateforme est plus faible et la mise à jour des profils subit un décalage temporel important. - La correction mathématique nécessaire
Pour corriger le « bruit » généré par la croissance constante du nombre d’inscrits sur le réseau social, les économistes utilisent le filtre de Hodrick-Prescott afin d’isoler la composante cyclique de la tendance à long terme. Bien que cet outil s’avère d’une précision redoutable pour anticiper les points de retournement du marché du travail, l’écart moyen avec les statistiques d’État atteint, en moyenne, 3,4 points.
Xavier Degraux ► Stratège Communication Corporate ► Expert LinkedIn™, Employee Advocacy, Thought Leadership & Social Selling ► Je transforme Marques, ComEx & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco

