
Alors que le gouvernement De Wever vise 10 Mia EUR d’économies et que la presse francophone belge traverse un séisme sans précédent, notamment pour survivre face aux GAFAM, le géant américain des réseaux sociaux continue d’aspirer la valeur économique du marché publicitaire noir-jaune-rouge, tout en réduisant ses résultats officiels à tous les étages et en vidant ses comptes bruxellois. Explications.
L’optimisation fiscale pratiquée par le groupe de Mark Zuckerberg passe une nouvelle vitesse en Belgique. Les comptes annuels de Meta (la SRL « Facebook Belgium », en réalité) pour l’exercice 2025, approuvés ce 25 juin 2026 et fraîchement déposés à la Banque nationale de Belgique (BNB), révèlent une structure locale de plus en plus vidée de sa substance financière au profit de hubs internationaux.
L’impôt s’effrite encore
Pour l’exercice fiscal 2025, Meta va payer un impôt sur le résultat de seulement 917.489 EUR en Belgique. Un montant divisé par deux par rapport à l’année précédente, où sa contribution s’élevait à 1,89 Mio EUR.

Pourtant, le nombre d’utilisateurs belges de Facebook et Instagram ne faiblit pas, au contraire, et le chiffre d’affaires officiellement déclaré par la filiale n’a reculé que de 5,4%, s’établissant à 103,63 Mio EUR… alors que le chiffre d’affaires réel est, selon mes propres projections, basées notamment sur les dernières données de DataReportal, 3 à 4 fois supérieur.

Cette chute de l’impôt découle en fait d’un arbitrage interne au groupe.
Le 31 mars 2025, Meta a résilié son contrat d’assistance technique en ingénierie qui liait la filiale belge à une autre entité du groupe. Ce contrat représentait à lui seul 10% du chiffre d’affaires de la structure bruxelloise en 2024.
Dans le même temps, les effectifs locaux ont été saignés, passant d’une moyenne de 41,4 équivalents temps plein (ETP) à 22,1 ETP en 2025 (dont 61% d’hommes).
À la clôture de l’exercice fiscal, l’entreprise ne comptait plus que 18 salariés à Bruxelles, à un jet de pierre du quartier européen et de la Commission.
La boîte noire du « Cost-Plus »
Comment un mastodonte qui régit une part immense du web belge peut-il afficher un bénéfice local si étroit ? L’astuce tient au mécanisme du « cost-plus » (prix de revient majoré).
Facebook Belgium SRL ne facture jamais directement l’achat d’espaces publicitaires par les entreprises belges. Les PME locales passent par une régie automatisée en ligne qui facture à partir de l’Irlande, aux cieux fiscaux bien plus cléments. La filiale bruxelloise n’est qu’un simple prestataire de services de marketing et d’aide à la vente pour sa maison-mère.
Elle calcule ses tarifs pour couvrir ses coûts opérationnels locaux et s’assurer une marge bénéficiaire infime et prévisible, peu importe la véritable valeur publicitaire récoltée sur le marché belge. Le gros des profits est alors légalement capté par l’entité irlandaise qui détient les algorithmes et encaisse les contrats des annonceurs.

Ainsi, en 2025, sur les 103,63 Mio EUR de revenus déclarés par la filiale belge de Meta, les coûts des ventes et des prestations intragroupes absorbent 100,35 Mio EUR.
Le bénéfice officiel d’exploitation s’établit de cette façon à un petit 3,27 Mio EUR. Autrement dit : la marge opérationnelle belge est ainsi écrasée à 3,2%, alors que celle du groupe a atteint 41,4% au niveau mondial l’an dernier.
Une petite musique d’optimisation fiscale que Meta n’est pas le seul à jouer… (j’attends sans illusion les comptes 2025 de Google en Belgique).
0 euro en banque
En fait, la véritable révolution de ce bilan 2025 réside dans l’évaporation totale des liquidités de la filiale. À l’actif du bilan, la ligne des valeurs disponibles (le cash en banque) affiche un chiffre rond : 0 EUR.
Meta a activé son programme de centralisation physique de la trésorerie (« physical cash pooling »). Toutes les liquidités de la filiale belge sont désormais transférées automatiquement vers un compte bancaire central d’une autre société du groupe afin d’optimiser la gestion des liquidités.
Les 8,95 Mio EUR qui dormaient dans les banques belges fin 2024 ont ainsi disparu, au profit d’une simple créance à court terme sur une entreprise liée, qui grimpe à 20,01 Mio EUR.
Le fisc se console sur les fiches de paie
Face à cette évaporation des bénéfices, l’État belge se rattrape uniquement sur la fiscalité du travail.
Meta entretient des cadres locaux très grassement payés. Le coût moyen annuel par salarié y dépasse les 407.000 EUR (490.000 côté hommes, 277.000 côté femmes, soit 43% de moins, toujours en moyenne).

Du coup, le précompte professionnel retenu à la source sur les fiches de paie constitue la seule vraie rentrée financière pour le SPF Finances.
En 2025, la filiale a versé 8,95 Mio EUR de précompte professionnel, soit le double de l’exercice précédent. Le fisc belge encaisse ainsi dix fois plus d’argent sur les salaires des employés de Meta que sur les bénéfices officiels de la firme…
L’armure de Pillar II
Cette situation, que je documente année après année, ne devrait pas s’ajuster de sitôt.
Si la réforme fiscale internationale de l’OCDE (Pillar II) a introduit un taux d’imposition minimum mondial de 15%, Facebook Belgium précise dans ses annexes qu’elle ne s’attend à aucune exposition significative en Belgique pour 2025.
La firme, qui a réalisé en 2025 au niveau mondial un bénéfice net de 51,4 Mia USD sur des revenus de 170,8 Mia USD, s’est en effet abritée derrière le dispositif transitoire du « Safe Harbour ».
En clair, ce dispositif dispense une multinationale de calculer l’impôt complémentaire complexe prévu par l’OCDE si sa filiale locale remplit certains critères.
Et pendant ce temps-là…
Et pendant ce temps-là, les GAFAM captent plus de 62% du marché total de la publicité numérique en Belgique. Un assèchement commercial qui prive les médias d’information de leurs revenus historiques et accélère la concentration de la presse locale (cfr. l’absorption d’IPM par Rossel).
Et pendant ce temps-là, le gouvernement De Wever vise 10 milliards d’économies budgétaires supplémentaires d’ici octobre… sans nuire à la croissance, et tout en préservant la crédibilité de la Belgique.
Et pendant ce temps-là, malgré les menaces de Trump, la France maintient sa « taxe Gafam »instaurée en 2019 (3% du chiffres d’affaires). Et elle avance sur une nouvelle taxe visant Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, en espérant rapporter plusieurs Mia EUR.
Et pendant ce temps-là, Meta annonce une hausse de son dernier bénéfice trimestriel de 61% sur des revenus en progression de 33%. Ainsi que le licenciement de 8.000 modérateurs humains et la suppression de 6.000 emplois non pourvus.
Et pendant ce temps-là, la Commission européenne conclut à titre préliminaire que la conception addictive d’Instagram et de Facebook est contraire à la législation sur les services numériques (DSA).
Et pendant ce temps-là, les Etats-Unis (et la Chine) consolident leurs avances en IA.
Et pendant ce temps-là…
Xavier Degraux ► Consultant en stratégie digitale ► Marketing, Communication, RH, Sales… ► Je transforme marque, CEO, Comex & ambassadeurs en médias d’autorité (Thought Leadership) ► Expert LinkedIn™, Data & IA ► Ex- Journaliste éco
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