Linkedin teste actuellement l’option « Teammates » (collègues), auprès d’un échantillon d’utilisateurs dont je fais désormais partie. Depuis l’onglet « Mon réseau », les cobayes sont invités à préciser au réseau social qui sont leur manager (un par entreprise, sinon ça bugue, comme dans la vraie vie ;-), leurs collègues et leurs chef.fe.s direct.e.s, histoire de ne pas louper leurs prochaines publications, en tout cas s’ils confirment ce lien professionnel fort.

Cette option, encore loin d’être techniquement au point, me semble à la fois utile ET effrayante. 

Pertinence accrue de l’expérience Linkedin

Utile ? Oui, très ! En récoltant ces informations, Linkedin améliore à faibles coûts la pertinence et l’efficacité des fil d’actualités de ses membres. Un fil qui débute par les publications des proches (professionnels), des profils « prioritaires », c’est un fil plus pertinent, moins truffé de « bruits ». En un mot, un fil plus utile. 

Et ce n’est pas rien… Quelques mois après avoir décidé de privilégier l’affichage de statuts directement alignés avec les centres d’intérêts des profils, Linkedin continue donc à sortir de la logique historique (et toxique) « posts engageants rapidement = visibilité accrue, quel que soit son l’émetteur.trice de premier niveau ». Et au passage, Linkedin devrait doper sensiblement le taux moyen d’engagement et la durée moyenne de consommation de sa plateforme, encore très faible. 

Un pas de Big Brother

Effrayante, dans le même temps, cette idée ? Il est clair qu’en descendant d’un cran par rapport au niveau « entreprises », en aspirant des données aussi précises que la composition d’équipes (et leurs évolutions), de départements, de business lines, de liens hiérarchiques ou matriciels, Linkedin fait un énorme pas de Big Brother professionnel en avant. 

Pour l’instant, il se contente, officiellement en tout cas, d’afficher ces infos aux seuls collègues, d’améliorer leurs fils d’actus et d’affiner les résultats du moteur de recherche. Pas de révolution, donc. Et il faudra d’ailleurs accorder à Linkedin un peu de temps pour qu’il attribue le bon poids à ces nouveaux critères dans son algorithme, pour éviter de noyer ses membres sous des notifications d’anniversaires de travail, de commentaires plus ou moins pertinents, de likes de collègues trop zélés… 

Et demain ? Pour améliorer la granularité de son graphe, Linkedin augmentera plus que probablement le nombre de champs à remplir, en envisageant d’autres types de partenaires professionnels, d’entreprises… Ce qui affinera ses recommandations et, à la marge, augmentera encore le nombre de paramètres de contrôle de chaque profil (environ 70 actuellement).

« Graphe économique mondial »

Mais après ? Quand Linkedin se sera enrichi de tous ces « signaux faibles »… Quand il sera capable de les analyser… Quand il aura appris comment les monétiser au mieux grâce au ciblage publicitaire… Quand il aura analysé toutes ces campagnes… 

L’option « teammates » doit nous rappeler que tout est là, en sourdine, pour que Linkedin dispose d’un pouvoir inégalé à ce jour. En le laissant centraliser toutes ces données, sans la moindre régulation ou presque, nous prenons collectivement le risque de lui offrir les manettes de nouvelles formes de guerres économiques, aux conséquences potentielles insoupçonnables. 

Il y a quelques années, Linkedin ne cachait pas son ambition de construire, ni plus ni moins, qu’un « graphe économique mondial », sans préciser ses intentions. Depuis, il y a eu entre autres le scandale Facebook/Cambridge Analytica et l’élection du clown américain. Et on n’a plus du tout envie de rire. 

Xavier Degraux

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