
Découvrez la façon dont les Belges s’informent en ligne (sites, réseaux sociaux, IA…) et hors ligne (TV, radio, print), grâce à cette analyse noire- jaune-rouge de l’étude 2026 du Reuters Institute for the Study of Journalism (University of Oxford).
Journaliste ? Pro des médias et de l’édition ? Relations presse (PR) ? Annonceur publicitaire ? Spécialiste du marketing ou de la communication ? Politique ? Expert en « public affairs » ? Curieux / curieuse ?
Connaissez-vous l’étude annuelle du Reuters Institute for the Study of Journalism (University of Oxford) ? Et saviez-vous que ce rapport, que je couvre sur ce blog depuis plus de 10 ans, permet de mieux comprendre la façon dont les Belges s’informent, en ligne et hors ligne ?
Quelle que soit votre réponse, si vous n’en avez pas encore lu l’édition 2026 (178 pages), basée sur un sondage réalisé en janvier et février 2026 auprès de 97.055 adultes issu.e.s de 48 pays, dont 2.039 sur le seul marché belge, voici mes 9 enseignements, tirés de l’ensemble des chiffres clés que j’ai pu extraire (accessibles en fin de post).
1. Nouvelle érosion des sources d’information « historiques »

Comme le montre cette infographie, le paysage médiatique belge poursuit son érosion structurelle. Si les sites d’actualité maintiennent leur tête de pont avec 57% de pénétration et la télévision suit à 49%, ces chiffres occultent mal l’agonie du format papier, relégué à un maigre 18%.
La fracture générationnelle dicte la nouvelle donne économique du secteur. D’un côté, les 18-24 ans tournent le dos aux médias traditionnels, plébiscitant les réseaux sociaux à 63% et intégrant les agents conversationnels (IA) dans leur quotidien à 21%. De l’autre, les plus de 55 ans restent ancrés dans des réflexes hérités du siècle dernier, avec 68% d’audience télévisuelle, créant un décalage stratégique majeur pour les éditeurs qui peinent à réconcilier ces deux mondes.
Mon analyse des données du DNR 2026 confirme aussi une nuance linguistique qui n’est pas anodine pour le marché publicitaire belge. Les néerlandophones affichent une appétence plus marquée pour les sites d’information (60%) que leurs homologues francophones (54%), tandis que ces derniers se tournent davantage vers les réseaux sociaux (45% contre 39%).
Enfin, la corrélation entre le niveau de diplôme et l’accès aux sites d’actualité (60% chez les diplômés contre 50% pour les autres) souligne que l’information de qualité devient un marqueur social.
2. Réseaux sociaux en hausse de 4 points

L’information via les réseaux sociaux enregistre une hausse (+4 points à 41%) qui masque une « privatisation » : on s’informe de plus en plus via des espaces fermés ou personnels (WhatsApp, Messenger) au détriment des fils d’actualité publics.
WhatsApp s’impose désormais comme un canal majeur avec 27% des sondés l’utilisant pour s’informer, marquant une progression de 16 points sur un an, tout en affichant un taux d’utilisation globale, tous usages confondus, de 73%. Facebook, bien que leader avec 40% pour l’info, ne parvient plus à masquer cette érosion structurelle au profit de ces messageries privées.
Et pendant que des réseaux comme LinkedIn (5%) ou X/Twitter (4%) stagnent, YouTube (21%) et Instagram (22%) captent une part croissante de l’attention informationnelle.
Pour les acteurs du secteur, ce constat est sans appel : la captation de l’audience demande désormais de naviguer dans des espaces où la conversation prime sur la diffusion de masse.
Doit-elle pour autant passer par une collaboration accrue avec les « news créateurs » ? En tout cas, pour le moment, les Belges n’y semblent pas particulièrement accros.
3. La confiance dans l’information au plus bas

Le climat de confiance dans l’information en Belgique, toujours marqué par un fossé linguistique, est à nouveau en chute. Au niveau national, seulement 39% des citoyens expriment une confiance envers l’information, tandis que 27% déclarent ne pas avoir confiance, le reste se situant dans une posture neutre.
Cette méfiance est nettement plus prononcée du côté francophone, où le taux de confiance plafonne à 28%, contre 49% chez les néerlandophones. À l’inverse, 37% des francophones affichent une défiance explicite contre seulement 20% chez les néerlandophones.
Par ailleurs, je note encore cette année une corrélation forte avec l’âge : la confiance croît avec les années, passant de 29% chez les 35-44 ans à 46% chez les 55 ans et plus.
Les marques médias subissent directement cet état de fait, avec des disparités marquées dans la perception des lecteurs. Si les marques flamandes affichent des scores de confiance élevés (VRT Nieuws culmine à 79% et Radio 1 à 76%), les titres francophones peinent à atteindre ces sommets, la RTBF dominant le segment avec 66% de confiance, suivi par Le Soir à 62%.
Enfin, cette méfiance n’épargne pas les clivages politiques : les électeurs se positionnant au centre témoignent d’une confiance plus importante (44%) que ceux se situant à gauche (35%) ou à droite (40%).
4. L’intérêt pour l’information s’essouffle encore

L’intérêt des Belges pour l’information s’essouffle encore en 2026 : seulement 36% des sondés se disent extrêmement ou très intéressés, contre 43% qui le sont de manière modérée et 20% qui manifestent peu ou pas d’intérêt.
Des disparités nettes apparaissent selon les segments de population :
- Âge : L’intérêt pour l’information croît avec l’âge. Il atteint un pic chez les 55 ans et plus, où 46% des personnes sont extrêmement ou très intéressées, tandis que ce chiffre se situe à 25% chez les 18-24 ans.
- Genre : Les hommes témoignent d’un intérêt plus soutenu (45% extrêmement/très intéressés) comparé aux femmes (28% dans la même catégorie).
- Politique : Les citoyens se situant à droite de l’échiquier politique affichent un intérêt marqué pour l’information (45%), devançant les segments centre (39%) et gauche (38%).
- Linguistique : Les néerlandophones se montrent très légèrement plus attentifs à l’info (37% d’intérêt élevé) que les francophones (36%).
5. L’évitement de l’information s’enracine

Le phénomène d’évitement de l’information s’enracine durablement en Belgique, touchant désormais 40% des citoyens qui déclarent fuir les actualités de manière récurrente, face à un flux d’informations jugé trop dense (infobésité) ou anxiogène.
Les disparités comportementales révèlent une fragmentation nette entre les communautés linguistiques. Les francophones manifestent un taux d’évitement plus prononcé, atteignant 42%, contre 38% chez les néerlandophones.
La variable générationnelle me frappe également, particulièrement chez les jeunes actifs. Les 25-34 ans enregistrent un taux d’évitement de 53%, un chiffre qui contraste avec la tranche des 55 ans et plus, où seulement 35% des individus pratiquent ce retrait volontaire.
Le genre joue également un rôle déterminant dans cette équation. Les femmes affichent un taux d’évitement de 45%, surpassant nettement celui des hommes qui se situe à 34%.
Enfin, le positionnement politique colore aussi ces choix de consommation. Les électeurs situés à gauche du spectre politique évitent plus fréquemment l’actualité (42%) que leurs homologues du centre ou de la droite, qui se stabilisent à 38%.
6. “Je paie pour de l’info en ligne”…ou plutôt pas

Payer pour s’informer en ligne reste une exception en Belgique, avec seulement 14% de citoyens disposés à ouvrir le portefeuille contre 81% qui ne paient rien. Cette tendance, plutôt stable depuis 2016, dessine un marché où la gratuité est devenue la norme incontestée, rendant toute stratégie de monétisation directe particulièrement ardue pour les éditeurs.
Le clivage générationnel est l’un des rares segments à afficher une dynamique différente. Si les 55 ans et plus ne sont que 12% à payer, les 18-24 ans atteignent un taux de 25%, ce qui peut paraître paradoxal au vu des pouvoirs d’achat. Les tranches d’âge intermédiaires affichent des taux de conversion stagnant entre 11% et 17%.
L’analyse par profil, elle, montre que le niveau de diplôme influence directement l’acte d’achat : les individus diplômés sont 19% à payer pour de l’information, contre seulement 11% pour ceux n’ayant pas de diplôme supérieur.
Au niveau politique, on observe une légère corrélation entre les convictions et la propension à payer : les électeurs se situant à droite du spectre politique sont 20% à financer l’info, contre 18% pour ceux de gauche et 17% pour le centre.
Sur le plan linguistique, la situation est quasi identique entre les deux communautés du pays. Les néerlandophones et les francophones affichent des taux de paiement respectifs de 13% et 14%, confirmant que le frein à l’achat est global et ne dépend pas des spécificités culturelles des marchés.
7. L’inquiétude liée à la désinformation se propage plus vite

La préoccupation des Belges face à la désinformation en ligne (les fameuses « fake news ») s’accélère en 2026, avec 57% des citoyens se déclarant inquiets, contre seulement 12% qui ne le sont pas.
Ce sentiment est partagé de manière quasi identique entre les deux grandes communautés linguistiques, avec 56% d’inquiets chez les néerlandophones et 57% chez les francophones.
Au-delà de cette homogénéité, l’analyse par âge révèle que les plus de 55 ans sont les plus préoccupés (60%), tandis que les 18-24 ans affichent le taux d’inquiétude le plus bas, à 48% tout de même.
Le genre et le niveau d’éducation n’introduisent que des nuances minimes dans cette perception globale. Les femmes (58%) se montrent légèrement plus inquiètes que les hommes (55%), et les individus diplômés (58%) témoignent d’une préoccupation à peine supérieure à ceux sans diplôme (56%).
L’échiquier politique, en revanche, colore plus nettement cette appréhension. Les électeurs se positionnant à gauche affichent le taux d’inquiétude le plus élevé (63%), devant ceux de droite (57%) et ceux se situant au centre (50%).
8. Participation discrète à l’information

La « participation » des Belges à l’information est largement passive ou privée. Si 38% des sondés parlent des nouvelles et 34% lisent les commentaires, le passage à l’acte -partager (20%) ou commenter (12%) – demeure nettement plus faible.
Fait intéressant, les francophones sont plus actifs que leurs homologues néerlandophones, avec 26% qui partagent des nouvelles contre 15% chez ces derniers, et 42% qui lisent les commentaires contre 28%. Cette intensité plus forte des francophones se retrouve également dans le commentaire direct (15% contre 11%).
En revanche, la structure par âge montre une étonnante homogénéité dans les comportements. Que ce soit pour parler des nouvelles (autour de 37-39%) ou pour lire les commentaires (de 29% à 37%), les tranches d’âge restent alignées.
Le niveau d’études, lui, influence particulièrement la propension à discuter de l’actualité : 45% des personnes diplômées en parlent, contre 34% pour celles sans diplôme supérieur. En revanche, la lecture des commentaires et le partage affichent des taux très proches entre ces deux catégories, ce qui suggère une relative démocratisation de l’usage des espaces conversationnels.
Les clivages politiques accentuent ces tendances, notamment à gauche du spectre. Les électeurs de gauche sont plus enclins à partager des nouvelles (27%) et à en discuter (45%), devançant ainsi les positions de centre et de droite sur ces deux indicateurs. La lecture des commentaires, elle, demeure très équilibrée quel que soit l’échiquier, se stabilisant entre 37% et 38%.
9. Portée hebdomadaire des médias belges et concentration


La portée hebdomadaire des médias belges confirme une concentration massive de l’attention autour des acteurs historiques, qu’ils soient numériques ou traditionnels.
Cette domination s’observe des deux côtés de la frontière linguistique, où une poignée de marques fortes captent l’essentiel du trafic et des audiences. Le paysage médiatique belge reste, en fait, un écosystème où la notoriété acquise hors-ligne sert de socle inébranlable à la performance en ligne.
Côté francophone, le numérique est mené par un trio de tête composé de RTL Info (30%), de la RTBF (28%) et du Soir (26%). Ces acteurs devancent largement le reste du marché, créant une barrière à l’entrée quasi infranchissable pour d’éventuels challengers moins établis… alors que l’absorption d’IPM (L’Avenir, La Libre, La DH…) par Rossel (Le Soir, SudInfo, RTL…) n’est pas encore validée par l’Autorité belge de la concurrence.
Dans le monde physique des médias francophones, la télévision conserve une influence prépondérante. La Une (37%) et RTL (36%) se livrent un duel serré, loin devant TF1 qui atteint 23%. Au cumulé, la RTBF impose sa puissance de frappe avec une portée totale offline impressionnante de 57%.
En Flandre, la hiérarchie numérique est encore plus marquée par une bipolarisation. Het Laatste Nieuws online domine largement avec 45% de portée, talonné par VRT NWS online à 40%. Et hors-ligne, le match des poids lourds oppose VTM (36%) et VRT 1 (35%).
Xavier Degraux ► Stratège Communication Corporate ► Expert LinkedIn™, Employee Advocacy, Thought Leadership & Social Selling ► Je transforme Marques, ComEx & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco
Merci de m’avoir lu jusqu’au bout… Et merci déjà pour votre dwell time, vos sauvegardes, vos envois en messages privés, vos mentions, vos partages… ;-!

