
Plus de 33 millions de membres LinkedIn affichent « le badge Open to work » sur leur photo de profil. Sur le papier, l’idée semble imparable. Pourtant, dans 90% des cas, je déconseille aux chercheuses et chercheurs d’emploi d’activer cette bannière. Voici pourquoi...
LinkedIn fonctionne comme un moteur de recherche. L’activation du statut « Open to Work » sur la photo de profil change votre référencement, en particulier dans l’outil premium LinkedIn Recruiter.
Et les données diffusées par LinkedIn indiquent un gain mécanique. Les membres qui activent le cadre vert recevraient 40% d’InMails supplémentaires. Ils obtiendraient aussi 20% de messages en plus de leur communauté.
Pourquoi ? D’une part, parce que l’algorithme de LinkedIn (360Brew) priorise les profils qui signalent leur ouverture. D’autre part, parce que, pour un recruteur, vous apparaissez dans l’onglet Spotlight. C’est le filtre des candidats les plus susceptibles de répondre. Un gain de temps pour eux. Ils savent que vous êtes une cible facile. Réactive.

Le revers de la médaille ou la perte de rareté
Le problème fondamental commence ici. Le recrutement obéit aux règles de la séduction. On veut davantage ce qui est rare. On désire plus ce qui n’est pas accessible de suite. En affichant votre disponibilité au grand public, vous devenez une commodité.
Vous saturez votre propre marque personnelle avec un message de besoin. Votre valeur ne réside plus dans votre expertise unique. Elle se limite à votre disponibilité immédiate. Autrement dit, vous envoyez un signal qui rime avec risque élevé ou baisse de standing.
Un talent chassé dégage plus de force qu’un candidat en vitrine. Pour certains recruteurs, le badge devient même un signal de détresse. On se demande pourquoi personne ne vous a encore choisi. Ce biais existe. Ne donnez pas de bâton pour vous faire battre.
Le mirage de la confidentialité et de la sécurité
Autre problème, spécifique aux professionnels en poste celui-là. Beaucoup hésitent à utiliser le badge « Open to Work ». LinkedIn propose une option de visibilité « pour les recruteurs uniquement ». La plateforme cache votre recherche à votre employeur actuel. Normalement.

La plateforme essaie de filtrer les accès. Elle masque votre statut aux recruteurs de votre entreprise actuelle. Mais rien n’est garanti. LinkedIn l’écrit noir sur blanc dans ses conditions générales. Ils ne peuvent pas assurer une confidentialité totale.
Un cabinet de recrutement externe travaillant pour votre patron peut vous découvrir. Un collègue avec un compte Recruiter pro tombe sur votre profil lors d’une recherche large.
Le badge signale un départ imminent. Il gèle vos perspectives internes. Si vous voulez piloter votre transition en douceur, ou jouer sur les deux tableaux d’évolution (interne et externe), la discrétion reste votre arme.
L’impact sur votre pouvoir de négociation
Ce n’est pas tout…
La négociation salariale est un rapport de force. Le badge vert vous affaiblit. Les recruteurs voient ce badge comme un aveu. Vous êtes sans emploi. Ou vous voulez partir vite. Dans les deux cas, vous donnez l’impression que vous accepterez n’importe quelle bouée de sauvetage.
Alors que la négociation repose sur la perception de votre alternative, votre levier de négociation a fondu. On sait que vous n’avez sans doute pas dix offres sur la table. Les propositions financières chutent souvent de 10% à 15% par rapport à un candidat passif.
En affichant un badge public, vous indiquez que vous êtes en demande. Un recruteur en déduit que vous signerez vite. Parfois même en dessous de vos prétentions initiales.
Bref, pour obtenir une hausse de 20% lors d’un changement, restez maître du temps. Le badge vous prive de cette force.
Pourquoi le badge possède une date de péremption
Puis, l’efficacité du badge suit une courbe descendante. Pendant les deux premières semaines, le signal est frais. L’algorithme vous pousse en avant. Vous êtes la nouveauté du marché. Un marché que vous précisez qui plus est…


Mais l’efficacité chute déjà après quelques semaines. Passé ce délai, l’attention s’évapore. Les recruteurs passent aux profils plus récents. Ils se demandent pourquoi vous êtes toujours là après un mois.
Après six mois, le badge devient carrément un signal d’alarme. Il n’est plus efficace du tout. Et le doute s’installe. Si personne n’a voulu du profil pendant tout ce temps, il y a peut-être un loup. Le badge renforce le biais négatif lié au chômage prolongé. Il soulignerait à tout le moins votre difficulté à convaincre.
Le piège des sollicitations indésirables
Porter le badge revient par ailleurs à attacher un collier de viande fraîche autour de son cou dans une fosse aux lions. Vous devenez la cible des vendeurs de rêves et des arnaqueurs. Les spams explosent. Des faux recruteurs avec des adresses Gmail. Des offres pour des bureaux qui n’existent pas.
Les vendeurs de formations miracles vous inondent. Les coachs en reconversion douteuse saturent votre messagerie. Ils exploitent votre situation de recherche active. Tout comme LinkedIn, qui vous propose une solution Premium dédiée.
Vous perdez un temps précieux à trier ces déchets numériques, alors que vous pourriez vous concentrez sur d’autres tâches, dont l’activation de votre réseau réel.
L’erreur fatale du titre de profil pour le GEO
Beaucoup de membres commettent une erreur grave. Ils écrivent en recherche active dans leur titre de profil. Ça, c’est le pompon.
Le titre de profil est la zone la plus importante pour le Search Engine Optimization (SEO) et le Generative Engine Optimization (GEO). C’est là que l’IA de LinkedIn lit vos compétences. Or, un recruteur ne tape jamais « en recherche active » dans sa barre de recherche. Il tape « Chef de projet Data ». Il cherche un « Expert Cybersécurité ». Etc.

En utilisant cet espace pour votre statut social, vous disparaissez des radars sémantiques. Vous sabotez votre propre référencement.
Les mots clés comptent. Votre titre ne doit pas se limiter à votre besoin. Il doit montrer ce que vous savez faire. Un recruteur cherche une solution à un problème. En affichant votre disponibilité, vous cachez votre valeur ajoutée.
Les exceptions qui confirment la règle
Il existe cependant des cas particuliers. Pour un profil junior, le badge public est moins risqué. On n’attend pas d’un débutant une autorité établie.
Dans des secteurs en pénurie comme la tech, le badge passe mieux également. C’est une donnée de flux. La demande surpasse l’offre. Pour les freelances, c’est un signal de disponibilité commerciale standard. Cela indique la fin d’une mission (souvent de quelques mois).
Mais pour les cadres et dirigeants, c’est un « no go », un interdit. Un CEO ne peut pas s’afficher ainsi. Cela détruit sa posture de leadership. Plus vous montez dans la hiérarchie, plus la discrétion devient votre alliée.
Ma recommandation ou la stratégie de l’autorité
Vous l’aurez compris : dans l’immense majorité des situations, je dis non. Ne l’affichez pas. Du moins pas publiquement. Choisissez l’option Recruteurs uniquement, à la limite.
C’est le compromis intelligent. Vous restez visible pour les professionnels qui utilisent les outils payants. Vous apparaissez dans leurs filtres sans trop abîmer votre image publique. C’est un risque de stigmatisation, certes, mais votre profil continue de dégager une impression de stabilité.
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Travaillez votre autorité média par le contenu
Plutôt que d’afficher votre besoin, montrez votre valeur. Optimisez votre profil. Publiez des analyses. Partagez vos succès. Parlez de vos échecs. Apportez de la nuance. C’est ce contenu qui, dans la durée, construit votre autorité.
Le Thought Leadership agit comme un autre signal d’attraction. Produire des articles de fond attire les recruteurs vers votre profil. Vous ne dites jamais que vous cherchez. Vous montrez que vous savez. Cette stratégie inverse la polarité du recrutement.
En 2026, l’algorithme 360Brew récompense la cohérence et la conversation de fond. Il ignore les signaux mécaniques vides. Ça tombe bien. Ça joue en votre faveur.
Le réseau avant le badge
Soignez aussi votre réseau. Complétez-le, pour créer des opportunités, certes, mais aussi pour envoyer des signaux faibles à LinkedIn.
Rappelez-vous qu’un recrutement sur deux passe par le réseau. Un message privé personnalisé à un ancien collègue est cent fois plus efficace qu’un cadre vert.
Activez vos contacts. Demandez des recommandations. Ce sont ces preuves sociales qui rassureront un futur employeur. Pas une bannière générique.
Au lieu d’attendre qu’un recruteur voie un badge, demandez aussi des présentations chaudes, des mises en relation. Un message expliquant votre projet est puissant, aussi.
Conclusion opérationnelle

Je résume ? L’activation du badge « Open to Work » n’est pas une formalité. C’est une décision de communication. Elle impacte votre marque personnelle. Elle influence votre pouvoir de négociation final.
Pour les profils en transition publique comme les juniors ou les freelances, le badge est un amplificateur. Mais il faut un profil impeccable derrière. Pour les cadres et les spécialistes, le signal privé est la règle. Il offre l’avantage de l’algorithme sans le risque social.
Le succès d’une recherche ne dépend pas de la couleur d’un cadre photo. Le badge est, parfois, un levier. Jamais une béquille.
Soignez votre posture. Ne soyez pas ce candidat passif qui attend un clic. Soyez l’expert qu’on a peur de laisser filer. La discrétion est un luxe… qui paie.
Xavier Degraux ► Stratège LinkedIn™, Employee Advocacy & Social Selling ► Je transforme Marques, Comex & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Thought Leadership Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco

