Les Belges champions d’Europe de la contestation face Facebook, Instagram, YouTube…

Les internautes belges refusent de subir la loi de Facebook, Instagram, YouTube… Selon le dernier rapport de l’Appeals Centre Europe, la Belgique se hisse au premier rang de l’Union européenne pour le nombre de recours introduits par habitant contre les décisions de modération des géants des réseaux sociaux. Si les utilisateurs et les associations remportent une écrasante majorité de leurs bras de fer, notamment face à Meta, les plateformes multiplient les obstructions en refusant de collaborer. Analyse.

L’Europe a donné un droit aux utilisateurs des réseaux sociaux, les Belges s’en emparent désormais plus que tous les autres.

Selon le dernier rapport annuel de l’Appeals Centre Europe, un organe officiel de règlement des litiges lié au Digital Services Act (DSA), la Belgique se classe désormais au tout premier rang de l’Union européenne pour le nombre de recours introduits par habitant.

Entre novembre 2024 et août 2025, la Belgique ne comptait que 160 litiges éligibles. Moins d’un an plus tard, sur la période allant d’avril 2025 à mars 2026, plus de 2.000 contestations ont émané du territoire belge.

Plus de 1.600 ont été jugées recevables par l’organisme indépendant. En volume absolu, notre pays passe de la huitième à la deuxième place européenne, juste derrière la France, mais devant l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.

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Pourquoi un tel leadership belge

Cette première place par tête de pipe ne doit rien au hasard. Les citoyens s’activent, certes, mais les associations de la société civile portent aussi l’effort.

Des structures comme Media Diversity Institute Global, basée à Bruxelles, introduisent des recours groupés massifs. Elles ciblent principalement les contenus haineux laissés en ligne par les plateformes. Les Belges tolèrent de moins en moins le laisser-aller des modérateurs automatiques.

En fait, les discours de haine et les publications liées à la violence concentrent la quasi-totalité des plaintes dans le pays.

La ventilation par plateforme montre aussi une cible claire. Instagram arrive largement en tête des plaintes avec 1.247 dossiers. Facebook suit avec 299 litiges. Les utilisateurs de Meta en Belgique s’avèrent particulièrement pointilleux, ou particulièrement maltraités par les algorithmes de la maison mère.

À l’inverse, YouTube avec 33 dossiers et TikTok avec 24 dossiers restent très peu contestés en Belgique. Quant à X, la plateforme échappe encore aux radars de ce rapport spécifique.

Un taux de victoire insolent mais stérile

Les Belges ont raison de se rebiffer. Les lignes bougent en leur faveur.

Lors du premier bilan, l’organisme indépendant confirmait la décision des plateformes dans 60% des cas concernant les discours de haine. La tendance s’inverse totalement. Désormais, quand l’Appeals Centre Europe parvient à analyser le fond d’un dossier belge, il donne raison à l’internaute dans 68% des cas.

C’est un désaveu cinglant pour Meta et ses concurrents. Pour les dossiers liés à la violence, le taux de décision favorable aux utilisateurs grimpe même à 79%.

Pourtant, la réalité reste amère. Près de la moitié des victoires belges, soit 45%, sont remportées… par défaut. Les réseaux sociaux refusent tout simplement de transmettre les contenus litigieux à l’instance européenne. Ils font les morts.

Pire, l’Appeals Centre Europe avoue ne recenser qu’une poignée de cas où les géants du web ont réellement appliqué les décisions de l’organisme. Le dindon de la farce reste le citoyen.

La France et le reste de l’Europe en observation

Derrière l’exception belge, l’Europe bouge à des rythmes très différents. La France domine le classement en volume absolu. Les utilisateurs français ont envoyé des milliers de dossiers, mais rapporté à la population, le pays glisse à la septième place européenne.

La Lituanie, Chypre, Malte et la Slovaquie complètent le top 5 par habitant. À l’autre bout de l’échelle, l’Allemagne affiche une passivité étonnante. Quatrième en volume absolu lors du premier pointage, elle s’effondre à la vingt-septième et dernière place du classement par habitant. Un gouffre sépare la culture de l’indignation belge de la réserve allemande.

D’ailleurs, le profil des plaintes varie selon la géographie. Si les Belges et les Polonais traquent les discours haineux et le racisme, d’autres pays se concentrent sur la censure abusive. En Slovaquie, le taux de décision renversant les choix des plateformes atteint des sommets. Les internautes y luttent d’abord pour récupérer des comptes suspendus injustement.

Un élargissement nécessaire mais bloqué

Le système montre ses limites à l’échelle du continent. L’Appeals Centre Europe a traité plus de 24.000 disputes en un an, contre à peine 3.300 dossiers éligibles sur la période précédente. Le volume de dossiers admissibles a été multiplié par neuf entre le début et la fin de l’année sociale. Mais le logiciel de la modération reste kapoet.

Les arnaques financières et les fausses informations générées par intelligence artificielle s’imposent désormais comme le nouveau champ de bataille, notamment en mars 2026.

L’organisme européen élargit d’ailleurs ses compétences pour intégrer ces dérives. Mais tant que les géants de la Silicon Valley saboteront les procédures en refusant de collaborer, le Digital Services Act manquera de dents.

Les Belges montrent la voie de la résistance, les régulateurs doivent maintenant forcer les plateformes à respecter les procédures d’appel.

Xavier Degraux ► Stratège Communication Corporate ► Expert LinkedIn™, Employee Advocacy, Thought Leadership & Social Selling ► Je transforme Marques, ComEx & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco

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