
La société se fracture. Les institutions coulent. Dans ce chaos, vos salariés vous désignent comme le dernier rempart. Diriger en 2026 ne consiste plus à piloter des chiffres, mais à recréer du lien là où tout s’effondre. Voici comment les dirigeantes et dirigeants doivent agir pour ne pas perdre la main.
Le constat du rapport Edelman 2026 est sans appel : 7 personnes sur 10 s’enferment aujourd’hui dans une bulle. On appelle ça l’insularité. En fait, les gens refusent de faire confiance à celle ou celui qui possède des valeurs divergentes ou une culture différente. La peur domine les échanges. On reste entre soi. On se protège du voisin. Un désastre pour la cohésion.
Vingt ans de glissement vers le repli
Cette situation ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit d’un long processus documenté depuis 26 ans. En 2005, la confiance glissait déjà des autorités vers les pairs. En 2012, le monde observait la faillite des gouvernements. L’année 2026 ferme (peut-être) ce chapitre avec une donnée brutale : 77% des individus possèdent désormais un état d’esprit insulaire.

Quelque 7 personnes sur 10 sont hésitantes ou refusent de faire confiance à quelqu’un qui ne leur ressemble pas. Cette méfiance vise ceux qui vivent selon des principes différents ou croient en d’autres sources d’information. La peur de l’autre grippe tout. Le moteur social est cassé.

L’effondrement des piliers traditionnels
Les institutions qui servaient autrefois de ciment social décrochent totalement. Le gouvernement et les médias se trouvent désormais dans une zone de méfiance profonde.
Le gouvernement est l’institution la moins fiable avec un score de 53 points. En 5 ans, la confiance envers les dirigeants nationaux a chuté de 16 points.
Les médias font à peine mieux avec 54 points. Ce désaveu s’explique par la crainte de la manipulation. 65% des gens s’inquiètent de voir des acteurs étrangers diffuser des mensonges pour semer la discorde. Un record.
Dans ce paysage aride, l’entreprise reste le dernier pilier solide. Le monde des affaires récolte 64 points de confiance globale. Mais le chiffre le plus parlant concerne la proximité. « Mon employeur » obtient un score de 78 points.

Le nouveau mandat des C-levels
Puisque les gens ne croient plus l’État ou les journaux, ils se tournent vers leur bureau.
Le rapport Edelman 2026 identifie une attente inédite pour les comités de direction. Les dirigeants et les dirigeantes héritent d’un rôle de médiateur de confiance. Un « Trust Broker ».
L’obligation est inscrite dans les attentes du public. 75% des employés estiment que leur employeur doit activement jeter des ponts entre les groupes qui se méfient les uns des autres. Pour les CEO, la pression est identique. 73% des répondants considèrent que le patron a l’obligation personnelle de réduire les clivages.
Cependant, un fossé inquiétant existe. Entre l’attente de médiation et la réalité perçue, l’écart est de 29 points pour les CEO. Les décideurs ne sont pas au niveau. Dans une société insulaire, l’inaction est vue comme un aveu de faiblesse. Le silence ou le chaos…

L’impact économique de la méfiance
L’insularité n’est pas une idée abstraite. Elle frappe la productivité de plein fouet. Le rapport souligne des comportements alarmants au sein des boîtes.
42% des salariés préféreraient changer de service plutôt que de travailler pour un manager ayant des valeurs différentes des leurs. Et 34% des employés admettent qu’ils fourniraient moins d’efforts si leur chef de projet possédait des opinions politiques divergentes.

La méfiance paralyse l’exécution des projets. Si vos cadres ne parviennent pas à collaborer avec des profils opposés, l’innovation s’arrête. D’ailleurs, cette peur se double d’une angoisse technologique. Chez les bas revenus, 54% des gens craignent que l’intelligence artificielle ne les laisse sur le carreau.
La posture numérique : un levier efficace
Les prises de parole sur les réseaux sociaux peuvent changer la donne (mais, disclaimer, je plaide pour ma chapelle ici…). Elles humanisent les logos. En fait, les dirigeants et les dirigeantes qui s’expriment en ligne deviennent des médias à part entière. C’est une opportunité de sortir de l’insularité.
Le bénéfice est clair. Vous créez un lien direct qui évite la méfiance envers les institutions. 57% des gens considèrent qu’un influenceur peut les inciter à faire confiance à une entreprise qu’ils détestaient au départ. Vos profils personnels sont vos nouveaux canaux de médiation.

Mais le risque est réel. Un message mal calibré ruine des années de travail. Dans une société où 95% des gens disent que les événements impactent leur confiance, chaque mot pèse lourd. La posture doit être authentique. Pas publicitaire. Si vous parlez comme un robot ou une brochure, vous renforcez l’insularité. Prenez le taureau par les cornes, mais faites-le avec finesse (et oui, je peux vous aider…).
La fracture sociale s’invite au bureau
L’un des autres enseignements majeurs du rapport 2026 d’Edelman est l’explosion de l’écart de confiance entre les riches et les pauvres. Depuis 2012, cette fracture a plus que doublé…
À l’époque, l’écart était de 6 points. Aujourd’hui, il atteint 15 points au niveau mondial. Dans certains pays comme les États-Unis, le fossé grimpe à 29 points. Vos équipes ne vivent pas toutes dans le même univers. Vos cadres supérieurs sont confiants avec un score de 65, alors que vos employés modestes sont dans la méfiance à 50.
Seulement 32 % des citoyens croient encore que la prochaine génération vivra mieux que la nôtre. 32%… C’est un record de pessimisme. Un collaborateur qui ne croit plus en l’avenir ne s’investit plus dans votre vision. C’est presque mathématique.

Stratégies pour les décideurs : l’art de la médiation
Le rapport propose un manuel pour les C-levels qui veulent combler cet écart de performance.
La règle d’or est simple. Ne cherchez pas à changer les gens. La médiation consiste à faire émerger des intérêts communs sans exiger un alignement total.
Pour gagner la confiance lors d’un débat social clivant, encouragez la coopération pour trouver des solutions tout en restant neutre. 35% des gens plébiscitent cette approche. Une prise de position partisane ne séduit que 13% des sondés.
D’autres leviers concrets existent pour vos organisations :
- Amenez les employés à interagir avec des collègues qui ne leur ressemblent pas. 74% jugent cette stratégie efficace.
- Consultez systématiquement des personnes aux parcours variés avant de prendre une décision majeure. 75% d’approbation.
- Mettez en place des formations pour apprendre à gérer les discussions difficiles et les conflits. 80% de soutien.
- Promouvez une identité partagée pour rappeler aux salariés ce qui les unit plutôt que ce qui les divise. 82% d’efficacité.
Le rôle pivot des dirigeantes et des dirigeants
L’inclusion n’est plus une option. C’est un outil de gestion. Dans un monde insulaire, voir une équipe de direction diversifiée prouve que l’institution n’est pas au service d’un seul clan.
Le rapport insiste sur l’évolution vers un modèle polynational. Cela implique d’investir dans des relations locales à long terme. 48% des répondants estiment qu’une entreprise étrangère gagne leur confiance en finançant des projets locaux durables. L’embauche locale est aussi un critère majeur pour 46% des sondés.

La médiation réussie a un impact spectaculaire. Lorsque les institutions font bien leur travail de médiateur, le niveau de confiance globale des bas revenus bondit de 18 points. Vous avez donc le pouvoir (le devoir ?) de ramener ces collaborateurs dans le jeu.
Vers un leadership de traduction
On l’aura compris : en 2026, le succès d’un décideur ne dépend plus de son autorité pure. Il dépend de sa capacité de « traduction », de « médiation ». Vous devez expliquer les réalités d’un groupe à un autre. Transformez vos entreprises en des espaces où la différence est une composante normale du quotidien.
L’époque où l’on pouvait ignorer les fractures sociales est terminée. L’insularité est là. Elle est au cœur de vos services et de vos salles de réunion. Votre mission est de briser ces bulles avant qu’elles n’étouffent votre boîte.
Xavier Degraux ► Stratège LinkedIn™, Employee Advocacy & Social Selling ► Je transforme Marques, Comex & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Thought Leadership Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco
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