
LinkedIn vient de publier son 6ème rapport de transparence dans le cadre du DSA. Entre purges massives d’utilisateurs en France et explosion statistique en Allemagne, les nouveaux chiffres imposés par Bruxelles redessinent la carte de LinkedIn en Europe. Analyse d’un séisme statistique qui confirme, au passage, la maturité du marché belge.
J’ai failli tomber de ma chaise de bureau en analysant les derniers chiffres clés de LinkedIn en Europe.
Je les suis de près depuis plus de 20 ans, et de très très près depuis 2022, depuis l’entrée en vigueur du Digital Services Act (DSA), le règlement européen qui régule les très grandes plateformes numériques et les contraint à une certaine transparence tous les 6 mois.
Pour tout vous dire, j’en guette même la sortie, tellement ces déclarations discrètes me semblent intéressantes et contrastent avec les chiffres flatteurs, imprécis et incohérents que la filiale de Microsoft affiche depuis des années dans sa section presse et via ses différents outils, comme je l’ai encore regretté récemment.
Et là, avec sa 6ème déclaration de transparence transmise à la Commission européenne, LinkedIn m’a complètement sidéré.

France vs Allemagne : le choc des trajectoires
Parce que si l’évolution globale sur un an pour l’ensemble de l’Union européenne est marquée par une stabilité (à 52 millions d’utilisateurs actifs), elle cache des disparités nationales massives.
En France, d’après mes calculs basés sur les rapports officiels, LinkedIn aurait perdu 2,2 millions de membres actifs en un an. À l’inverse, en Allemagne, le réseau en aurait gagné 3,5 millions.
Cette baisse de 19% d’un côté et cette hausse de 50% de l’autre provoquent un renversement historique : l’Allemagne (10,5 millions) détrône désormais la France (9,3 millions) en volume d’utilisateurs actifs mensuels.
Et alors que la Belgique progresse de près de 6%, la Lituanie bondit de 50%, pendant que le Danemark et la Croatie reculent respectivement de 40% et 33%.

Un changement de méthodologie
Difficile de croire que ces statistiques illustrent des mouvements d’usage de cette ampleur…
Mais LinkedIn n’explique pas ces variations dans les documents que nous avons dénichés. Le réseau social professionnel se contente de livrer le strict minimum exigé par l’Europe.
Place donc aux hypothèses.
La mienne porte sur la méthodologie de calcul.
J’ai en effet noté que, pour la première fois, LinkedIn évoque dans sa déclaration de transparence des « AMAR » (pour « Average Monthly Active Recipients »). Jusqu’ici, la plateforme distinguait les utilisateurs connectés (logged-in active users) et les visites déconnectées (logged-out site visits).
En basculant vers les « AMAR », sans doute pour satisfaire à l’article 42 du DSA, LinkedIn a probablement dédupliqué ses données. Si vous visitez un profil sans être connecté, puis que vous vous identifiez, vous ne comptez plus que pour un seul « récipiendaire ».
Mais alors, pourquoi l’Allemagne explose alors que son réservoir de visites (25,5 millions au dernier recensement) n’est pas si éloigné de celui de la France (20,9 millions), me direz ? Excellente question !
Nettoyage et comportement
La réponse pourrait tenir en deux mots : nettoyage et comportement.
- En France, l’usage serait massif et très « identifié ». Les 20 millions de visites hors connexion proviendraient probablement, en grande partie, de membres qui possèdent déjà un compte. Lors du passage aux « AMAR », ces doublons auraient été supprimés. LinkedIn avouerait en quelque sorte avoir seulement commencé à filtrer drastiquement les bots et les scrapers. La chute de 19% en France suggèrerait que le marché était pollué par une bulle de comptes automatisés ou fantômes que la nouvelle norme européenne a fait éclater. Les annonceurs apprécieraient… Combien d’euros de budget publicitaire ont été dépensés pour cibler des robots ou des doublons que LinkedIn viendrait enfin d’effacer ?
- À l’inverse, l’Allemagne consommerait LinkedIn comme un annuaire public. Les utilisateurs y seraient moins souvent connectés à un compte personnel. En intégrant ces visiteurs « réels » mais anonymes dans le calcul « AMAR », LinkedIn aurait mécaniquement gonflé son chiffre outre-Rhin.
Ce ne serait donc pas une vague de nouveaux inscrits en Allemagne, ni un désamour soudain en France. Ce serait une opération de vérité statistique imposée par Bruxelles. Et LinkedIn aurait cessé de gonfler ses muscles pour ne pas risquer les foudres de la Commission européenne.
Loin derrière YouTube, Instagram et Facebook
Mon hypothèse me semble d’autant plus tenir la route que d’autres plateformes soumises au DSA viennent elles aussi de passer aux « AMAR » dans leurs déclarations de transparence. Ce qui permet au passage de comparer leurs empreintes sur le marché européen, pour peu que ce soit pertinent.
Ainsi sur les 450,3 millions d’Européens recensés au 14 octobre 2025 (selon Eurostat), YouTube, bien devant Instagram et Facebook, en a touché 274 millions, en moyenne, chaque mois, entre le 1er juillet et le 31 décembre décembre 2025. Soit 5,3 fois plus que LinkedIn.

Dans les deux marchés qui m’occupent le plus, la France et la Belgique, LinkedIn, plateforme de « niche », referme également le classement des « AMAR ». Mais avec des ratios un peu plus flatteurs par rapport aux leaders.
Dans l’hexagone, Instagram et YouTube sont au coude-à-coude, à 44,7 millions de récipiendaires actifs chaque mois. Soit 4,8 fois plus que LinkedIn.

Et en Belgique, les 9,4 millions de récipiendaires actifs de YouTube pèsent 4,9 fois plus que le 1,9 million de récipiendaires sur LinkedIn, alors que les taux de pénétration de Whatsapp et de Messenger sont particulièrement élevés.

Le Benelux : bastion de LinkedIn
C’est d’ailleurs là, dans les ratios nationaux, que je m’amuse toujours autant à calculer, que se situe l’autre enseignement majeur de la déclaration de transparence de février 2026 de LinkedIn.
Rapporter les relevés de la plateforme à la population de chaque Etat membre de l’Union permet en effet de constater que la pénétration moyenne dans l’UE (qui stagne à 11,6%) masque une fracture béante entre le nord et l’est de l’Europe. Comme l’illustre cette infographie.

Et si l’on rapporte les 52 millions d’utilisateurs de LinkedIn en Europe à la population active de l’UE (environ 215 millions de travailleurs) ? Le taux de pénétration moyen s’établit à 24,18%. Avec un Benelux clairement en tête du peloton :
- Luxembourg : 59,70% de pénétration
- Pays-Bas : 52,22%
- Belgique : 34,86%

Avec plus d’un professionnel sur trois actif chaque mois, la Belgique devance largement la France (29,81%) et l’Allemagne (23,44%).
La stabilité du marché noir-jaune-rouge pourrait être une preuve de santé unique : pas de réservoir de visites fantômes, pas de bulle de bots, etc. Ici, l’audience est peut-être réelle, engagée et identifiée…
Ou, autre analyse possible, tant le DSA semble avoir permis de crever un abcès statistique. le maintien du taux de pénétration de LinkedIn dans la population active belge masque des mouvements contradictoires plus ou moins prononcés.
Pour rappel, LinkedIn se vante de fédérer plus d’1,3 milliard de membres dans le monde. Si on extrapole sur base des chiffres belges (1,9 million d' »AMAR » pour 6,5 millions de membres revendiqués par sa régie publicitaire), la filiale de Microsoft compte en réalité 342 millions de récipiendaires actifs.
Xavier Degraux ► Stratège LinkedIn™, Employee Advocacy & Social Selling ► Je transforme Marques, Comex & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Thought Leadership Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco
P.S. : Toujours pas inscrit.e à ma prochaine Masterclass LinkedIn ?


