
Une étude publiée dans la revue Nature en février 2026 vient confirmer mes pires craintes sur le réseau social d’Elon Musk. Explications.
En analysant le comportement de près de 5.000 utilisateurs américains de X (ex-Twitter) durant sept semaines, quatre chercheurs issus de trois institutions académiques européennes de premier plan ont prouvé que l’algorithme de la plateforme d’Elon Musk ne se contente pas de trier les messages. Il agit comme un catalyseur d’opinions conservatrices et enterre activement les médias traditionnels.
L’effet cliquet ou la manipulation durable
Comment ont procédé ces chercheurs italien, suisse, britannique et français ? Comme ils l’expliquent dans Nature, ils ont divisé les participant.e.s en deux groupes. Le premier utilisait le flux chronologique. Le second, le flux algorithmique « Pour vous ». Ensuite, ils ont fait passer chaque groupe à l’autre feed…
Et, ô surprise, passer au flux algorithmique après avoir consommé le flux « Pour vous » déplace les opinions affichées vers la droite…
- +4,7 points de probabilité de prioriser l’agenda politique républicain
- +5,5 points de probabilité de considérer les poursuites contre Trump comme illégitimes
- +7,4 points de probabilité de développer des attitudes pro-Kremlin sur l’Ukraine
L’algorithme a créé un effet cliquet, comme un point de non-retour de votre cerveau face à l’IA.

Pour faire simple, quand vous activez le flux « Pour vous », l’algorithme de X va chercher du contenu hors de votre réseau pour vous « nourrir ». Déjà là, l’étude publiée dans Nature montre que ce contenu est massivement plus conservateur et clivant (+19,9% par rapport au fil chronologique).
Ensuite, l’algorithme vous suggère de nouveaux comptes à suivre. Et comme ces comptes sont sélectionnés pour maximiser votre temps de rétention (le fameux « Dwell Time »), vous finissez, de proche en proche, « librement », par vous abonner à des comptes de plus en plus conservateurs. Votre environnement numérique change.
Dans l’autre sens, si vous décidez de couper l’algorithme pour revenir au flux chronologique, vous ne retrouvez pas votre neutralité d’avant. Parce que les nouveaux comptes que vous avez suivis sous influence restent dans votre liste d’abonnements.

En fait, l’algorithme de X a modifié la structure même de votre réseau. Et c’est un mouvement à sens unique. On avance d’un cran dans la radicalisation ou le changement d’opinion, et le cran bloque tout retour en arrière.
La mise à mort des médias classiques
Les chiffres de l’étude donnent la nausée. L’algorithme de X réduit la visibilité des médias traditionnels de 58%. À l’opposé, les messages des activistes politiques bondissent de 27%. Ce n’est pas un accident industriel. C’est une volonté inscrite dans le code !
X préfère l’incarnation radicale à l’information sourcée. C’est une catastrophe pour les médias et nos démocraties. Et un rappel pour les dirigeant.e.s qu’il est inutile de compter sur la presse pour porter votre voix sur cette plateforme. Qu’iels doivent devenir leur propre média (et pas nécessairement sur X).

Le Dwell Time au service de l’addiction
Dans ma petite analyse du code source de X, publiée début 2026 après le dépôt de « x-algorithm » sur Github, je mentionnais déjà le temps passé sur un post comme le critère de succès. L’étude apporte la preuve par les chiffres.
Les messages poussés par l’algorithme génèrent 500% de commentaires en plus. Les likes grimpent de 480%. Les reposts suivent avec une hausse de 408%.
Pourquoi de tels écarts ? Parce que l’algorithme favorise le contenu clivant qui force l’arrêt. On s’arrête, on lit, on s’énerve et, éventuellement, on commente.
Le cycle de l’engagement toxique est le moteur de X. Si votre contenu est tiède, il meurt. L’algorithme cherche l’émotion forte pour maximiser le temps de présence. Cela explique d’ailleurs pourquoi les formats vidéo et immersifs dominent le simple texte.
Le piège des indépendants
Autre enseignement de cette étude : alors qu’on pense souvent que les réseaux sociaux ne font que prêcher des convaincus, l’étude démontre que les militants ne changent pas d’avis. Ils sont déjà radicalisés. La cible de l’algorithme, c’est vous et moi. Les modérés. Les indépendants qui cherchent à s’informer.
Et c’est sur cette masse silencieuse que l’influence est la plus forte. L’algorithme modifie leurs priorités de vote. Il impose des sujets comme l’inflation ou l’immigration. En boucle. Il sature l’espace mental jusqu’à ce que ces thèmes deviennent les seules préoccupations. Ils déplacent la fenêtre d’Hoverton.
Si j’étais cynique, je dirais que pour un.e stratège en communication, c’est une leçon. Oui, il faut parler à celles et ceux qui doutent, pas à celles et ceux qui crient.
Si vous en doutiez encore, X n’est plus un réseau social. C’est un outil d’influence politique dopé par une IA qui ne cherche que votre attention et vos données. Ignorer cela, c’est décider d’être aveugle. Comme le font encore énormément de politiques et de médias.
Xavier Degraux ► Stratège LinkedIn™, Employee Advocacy & Social Selling ► Je transforme Marques, Comex & Dirigeants en Médias (Autorité) ► Thought Leadership Data-Driven & IA ► Ex-Journaliste Éco

