
LinkedIn a profondément revu son système de diffusion des contenus cet été. Au cœur de cette transformation : 360Brew, un modèle de langage massif (LLM) qui analyse désormais les profils, les interactions et la structure des publications pour décider de leur portée. Exit les “hacks” d’engagement : la visibilité reposerait désormais sur la clarté, la cohérence et la valeur réelle des membres et de leurs contenus. Voici ce qu’il faut absolument comprendre pour rester visibles dans ce nouvel écosystème.
Depuis l’été 2025, LinkedIn n’est plus le même. Des créateurs de contenus voient leur portée s’effondrer, d’autres explosent sans rien changer… ou presque.
Entre les spéculations et les « études » des gourous de LinkedIn (à prendre avec de sérieuses pincettes), les soupirs des community managers et les hacks découverts le matin et potentiellement corrigés l’après-midi, une chose est sûre : la plateforme professionnelle a opéré le virage algorithmique le plus important de son histoire.
Ce virage porte un nom : 360Brew.
Derrière ce nom à consonance brassicole se cache en réalité un modèle de langage massif (LLM), intégré au cœur de l’algorithme de recommandation. Autrement dit : LinkedIn a cessé de « compter des signaux », il lit et comprend des textes et décider de leur viralisation.
Il ne s’agit pas d’un “nouvel algorithme” isolé. 360Brew est une refonte profonde qui unifie une grande partie de l’architecture existante pour fonctionner comme un moteur d’interprétation sémantique.
Pour les marketeurs, les communicants et les créateurs de contenu, cette évolution est tout sauf anecdotique. Elle bouleverse la façon dont les profils sont interprétés, les contenus distribués, et les stratégies efficaces.
Ce guide vous donne les clés pour comprendre ce changement. Et adapter votre présence à l’ère de 360Brew.
Avant 360Brew : l’ancien LinkedIn reposait sur des signaux mécaniques

D’après le Guide non-officiel de l’algorithme de LinkedIn (PDF) publié Christopher S. Penn via Trust Insights, LinkedIn utilisait une architecture classique en trois niveaux (« levels ») jusqu’à mi-2025 :
- L0 (rappel large) : sélection de milliers de posts candidats à partir du graphe social et d’heuristiques simples (premier scoring)
- L1 (premier ranking) : modèle supervisé sur des centaines de features (likes, hashtags, proximité réseau, heure…)
- L2 (second ranking) : modèle plus lent et précis pour affiner le classement final
Cette mécanique reposait sur des centaines de signaux comportementaux indirects : likes initiaux, vitesse de réaction, timing de publication…
Elle fonctionnait bien… jusqu’à un certain point. Celles et ceux qui savaient « jouer » ces signaux (pods d’engagement, hashtags à rallonge, commentaires automatiques..), vendus comme des recettes toutes faites par certains « growth hackers », pouvaient propulser artificiellement leurs posts, souvent au détriment de contenus de fond.
360Brew : un modèle de langage au cœur de l’algorithme
Mi-2025, LinkedIn a remplacé ce système par 360Brew, un LLM de 150 milliards de paramètres, entraîné sur son propre écosystème.
Basé sur un modèle baptisé « Mixtral 8x22B », 360Brew utilise l’apprentissage en contexte plutôt que l’apprentissage en temps réel.
D’après plusieurs publications techniques officielles, le nouveau modèle fonctionne comme un « lecteur raisonné » :
- Il reçoit un prompt textuel contenant votre profil, vos interactions récentes et le contenu « candidat »
- Il lit et comprend ces éléments, établit des liens sémantiques
- Il produit une évaluation multitâche (pertinence, cohérence thématique, probabilité d’engagement, qualité linguistique…)
- Puis il score les posts avant leur diffusion initiale
Autrement dit : ce n’est plus un algorithme qui se contente de voir que “100 personnes ont liké” ; c’est un modèle dopé à l’IA qui comprend que ce post parle d’analyse marketing B2B, qu’il est bien structuré, qu’il est aligné avec le profil d’un expert marketing, qu’il est cohérent avec son réseau et que les personnes qui interagissent appartiennent à ce même domaine.
Ce changement s’accompagne aussi d’un basculement conceptuel. LinkedIn ne classe plus seulement les contenus. Il classe d’abord les personnes. Cela signifie que votre crédibilité thématique devient le premier facteur de diffusion. La construction d’une identité éditoriale cohérente devient centrale.

OpenConnect et vLLM : l’infrastructure invisible
Soyons complet. Ce basculement n’aurait pas été possible sans deux briques techniques complémentaires :
- OpenConnect, une plateforme interne de déploiement et d’entraînement continu de modèles d’IA, développée par l’équipe d’ingénieurs de LinkedIn pour entraîner, tester et mettre à jour des modèles à très grande échelle, de les déployer en production rapidement et, surtout, de faire évoluer l’algorithme en continu, sans nécessiter de mises à jour “majeures” visibles publiquement
- vLLM, une infrastructure open source ultra-rapide pour le déploiement de grands modèles de langage en production, conçue pour gérer des milliers de requêtes simultanées avec une faible latence
Grâce à ces deux éléments, LinkedIn peut mettre à jour son moteur algorithmique très fréquemment, corriger des comportements abusifs en quelques heures/jours et faire évoluer la distribution sans annonce publique.
« Lost-in-Distance » : pourquoi la position des infos devient cruciale
Mais attention. Les grands modèles de langage ont une faiblesse connue : ils accordent plus de poids aux informations situées au début des textes (comme un humain qui lit un long rapport), C’est pourquoi votre titre de profil et la première phrase de vos posts sont critiques
Des recherches récentes (Arxiv, ACL Anthology, NAACL 2025, OpenReview 2025…) ont montré qu’au-delà d’une certaine distance contextuelle, la probabilité que le modèle relie deux éléments chute drastiquement. D’où le nom du concept Lost-in-Distance, bravoooo 😉

Pour LinkedIn, cela signifie que :
- Le titre de votre profil LinkedIn et les premières lignes de votre section Infos (ex-À propos) sont plus cruciales que jamais pour que le moteur algorithmique comprenne votre expertise, comme je le dis depuis des années lors de mes formations LinkedIn, et que je l’expliquerai en détails lors de ma prochaine Masterclass
- La première phrase de vos posts sert de signal sémantique principal, donc évitez les accroches p*taclics
Comment LinkedIn « briefe » 360Brew à chaque post
Avant chaque décision de diffusion, LinkedIn compose une sorte de briefing personnalisé pour 360Brew.
Ce briefing comprend :
- Votre profil (titre du profil, débuts de sections clés)
- Vos interactions récentes (likes/commentaires/partages/sauvegardes/envois sur des thématiques précises)
- Le contenu du post « candidat »
- Quelques signaux contextuels (langue, moment, région…)
Ce mécanisme s’apparente à de l’In-Context Learning. Vos 5 à 10 dernières actions forment un “prompt” dynamique qui influence ce que vous verrez et ce qui sera diffusé. Autrement dit, vous entraînez votre propre algorithme.
Ce qui change pour les marketeurs et communicants
On résume ?
Profil = sommaire exécutif
Votre profil est lu comme un texte. Les titres de profil flous ou poétiques sont des trous noirs pour 360Brew. Traitez votre profil comme une page d’accueil SEO (clarté, mots-clés métier, structure..).
Contenu = argumentation structurée
Exit les intros vagues ou les posts-billets d’humeur décousus. Première phrase claire, structure logique, vocabulaire professionnel précis : voilà la nouvelle grammaire de LinkedIn. Et, oui, 360Brew détecte le contenu “synthétique”. Les textes très génériques, répétitifs ou trop standardisés sont pénalisés. Utilisez l’IA pour structurer mais gardez une voix humaine.
Engagement = briefing actif
10 à 15 minutes avant de publier, commentez ou interagissez sur des contenus proches de votre thématique. Cela « précharge » votre contexte et oriente l’algorithme vers votre thématique. Notez que 360Brew valorise la diversité d’engagement (réactions, commentaires, partages, sauvegardes, envois…).
Réseau = pertinence thématique
Un réseau géant mais dispersé dilue votre signal. Un réseau ciblé dans votre niche renforce votre briefing et améliore votre distribution.
Les mythes à oublier (et les réalités)
| Mythe | Réalité |
| « Les comptes vérifiés sont boostés » | Non. Le badge est un signal social, pas algorithmique. |
| « Les enregistrements sont le nouveau super-signal » | C’est un indicateur utile, mais secondaire. |
| « Les pods fonctionnent encore » | En théorie non, les commentaires creux sont ignorés, et les comportements groupés détectés. Mais je continue à en observer… |
| « Publier plus = plus de portée » | Faux. Publier mieux, aligné, structuré = plus de portée. Ce qui redéfinit la crédibilité et le leadership d’opinion sur LinkedIn. |
| « Les vidéos sont favorisées » | Uniquement si elles sont accompagnées d’un texte clair. |
Comparaison avant / après 360Brew
| Élément | Avant | Après |
| Unité d’analyse | Signaux (likes, hashtags) | Texte + contexte |
| Profil | Peu pris en compte | Central dans le briefing |
| Contenu | Format / timing | Structure linguistique + alignement thématique |
| Engagement | Pods efficaces | Interactions pertinentes dominent |
| Réseau | Volume | Pertinence thématique |
| Temporalité | Changements lents | Mises à jour rapides via OpenConnect |
Pour les marketeurs, les leviers mécaniques sont devenus marginaux. Les leviers linguistiques et contextuels sont désormais centraux.
Vers 2026 : ce qui se profile
La trajectoire est désormais plus claire : LinkedIn va continuer à affiner sa personnalisation grâce aux évolutions de 360Brew.
- Segmentation plus fine : distinction entre micro-niches (ex. IA marketing vs IA supply chain)
- Modèles spécialisés par secteur ou région
- Nouveaux signaux : temps de lecture réel, interactions différées, classification qualitative des commentaires
- Crédibilité thématique : vers un score implicite mesurant la cohérence et la valeur perçue de vos contributions
LinkedIn devient de plus en plus une plateforme éditoriale sémantique, où chaque profil est une « publication », chaque post une « analyse », et chaque interaction une « donnée d’entraînement ». Le réseau social professionnel dominant ne vous récompense plus pour votre visibilité. Il vous récompense pour votre crédibilité. Bienvenue dans l’ère 360Brew…
P.S. : On en parle lors de ma prochaine Masterclass LinkedIn ?

