IA dans les médias belges : ce que disent 42 cas publics, et ce qu’ils changent pour vos communiqués

J’ai optimisé cet article avec l’IA.

Une journaliste ukrainienne a bâti le J·Index, une base de plus de 3.000 cas d’usage de l’intelligence artificielle dans les médias. La Belgique figure dans la base, avec 42 cas et 18 organisations recensées entre 2017 et 2026. J’ai lu ces fiches une à une le 3 octobre 2026. Voici ce qu’elles affirment. Et ce qu’elles changent pour celles et ceux qui envoient des communiqués aux rédactions.

Ce qu’il faut retenir

  • Le J·Index recense 42 cas d’usage de l’IA dans 18 organisations de presse belges, ce qui place la Belgique au 24e rang sur 152 pays (relevé du 3 octobre 2026).
  • 25 de ces 42 cas, soit 60%, portent sur la fabrication de l’information. C’est la proportion que la journaliste ukrainienne Katya Gorchinskaya donne également pour le monde.
  • La publicité pèse 10% des cas belges, contre 2% dans le monde. C’est l’écart le plus net avec la moyenne mondiale.
  • Cinq organisations (Mediahuis, Roularta, Mediafin, VRT et RTBF) concentrent 26 cas sur 42, soit 62%.
  • Le J·Index ne compte que ce qui a été rendu public. Il ne dit pas combien de rédactions belges ont recours à l’IA, ni si ces outils fonctionnent.
  • Chez Belga, chez Mediahuis et chez Sudinfo, des cas publics décrivent des machines qui résument, trient ou réécrivent ce que les organisations envoient aux rédactions.

Sommaire

1. Qu’est-ce que le J·Index, et que dit-il de l’IA dans les médias ?

Le J·Index, pour « Journalism AI Index », est une base de données publique qui recense, cas par cas, la façon dont les médias du monde entier adoptent l’intelligence artificielle. Elle est tenue par Katya Gorchinskaya, journaliste ukrainienne devenue consultante, et se consulte sur jindex.ai sous licence Creative Commons BY-NC 4.0.

Chaque ligne décrit un cas : une organisation nommée, un outil ou une règle précise, une source en ligne. Une vingtaine de champs le qualifient, dont la fonction concernée, le niveau de maturité, le degré d’intervention humaine et le financeur.

Dans l’entretien accordé à Gretel Kahn pour le Reuters Institute, Katya Gorchinskaya tire de cette base une série de constats mondiaux.

► Environ 60% des déploiements restent dans la rédaction. Le versant commercial est, selon elle, encore largement sous-employé.

► Près d’un tiers des cas viennent de petites rédactions, locales ou hyperlocales.

► L’IA dans les médias précède ChatGPT d’au moins dix ans. 76 cas sont antérieurs à 2019, le plus ancien date de 2012.

► Les assistants éditoriaux bâtis par des rédactions différentes ont la même structure : des données maison, un ou plusieurs modèles, une série de fonctions, une interface, et parfois une couche d’agents, c’est-à-dire des programmes qui enchaînent seuls plusieurs tâches.

► Près de neuf présentateurs synthétiques identifiables sur dix sont des femmes.

► Les données de mesure d’impact sont rarissimes. La rubrique est souvent vide, ou remplie d’une déclaration d’intention.

► Ce qui distingue les plus avancés tient d’abord à la direction, ensuite au type d’organisation, enfin aux moyens.

Un mot sur la taille de la base. La note méthodologique, en version 1.7 d’août 2026, compte 3.014 cas, dans 140 pays et 1.828 organisations.

Une précision avant les chiffres belges : le J·Index compte des cas documentés publiquement, pas des rédactions qui ont recours à l’IA. Sa note méthodologique l’écrit sans détour : c’est un inventaire des acteurs visibles, sans échantillonnage. Les organisations qui communiquent sur l’innovation y pèsent plus lourd, un cas présent ne dit pas que l’outil fonctionne, et des cas publics n’y figurent pas, comme celui de Sudinfo, décrit plus bas.

42 cas belges ne signifient donc ni que 18 médias belges seulement ont recours à l’IA, ni que la Belgique est en avance ou en retard sur ses voisins.


Prochaines Masterclasses LinkedIn en inter-entreprises (indépendant.e.s, PME…)


2. Combien de cas d’IA le J·Index recense-t-il dans les médias belges ?

42 cas dans 18 organisations, datés de 2017 à 2026, selon la fiche Belgique consultée le 3 octobre 2026. La base classe la Belgique 24e sur 152 pays, derrière la Suisse (50 cas) et les Pays-Bas (47), devant l’Autriche et la Finlande (37 chacune) et le Danemark (36).

La fiche compare neuf fonctions à leur poids mondial.

FonctionCas belgesPart en BelgiquePart dans le monde
Production et automatisation de contenu1024%14%
Aide à l’écriture et flux éditorial512%13%
Publicité410%2%
Transcription et traduction410%4%
Analyse d’audience37%1%
Recherche et enquête37%7%
Éthique et règles éditoriales25%6%
Licences et partenariats de contenu12%5%
Distribution12%2%

Ces neuf fonctions couvrent 33 cas. Les 9 autres se dispersent, un par un, entre l’image, la voix, l’accessibilité, la formation ou l’infrastructure de données.

Trois fonctions dépassent nettement la moyenne mondiale : l’automatisation de contenu, la publicité et l’analyse d’audience. La publicité est la plus singulière. Aucun des six pays voisins que j’ai comparés ne la compte parmi ses neuf premières fonctions.

En regroupant ces fonctions selon les cinq grandes familles de la base, je compte 25 cas sur 42 dans la production éditoriale, soit 60%, et 6 dans le commercial, soit 14%.

Sur les dates. 17 des 39 cas datés que j’ai identifiés portent sur 2024, 10 sur 2025, 5 sur 2023 et 3 sur 2026. Quatre précèdent ChatGPT : RTL Belgium en 2017, la RTBF en 2018, L’Echo en 2020 et la VRT en octobre 2022.

Sur la maturité. La base classe chaque cas sur une échelle de cinq niveaux, de l’accès à la réorganisation complète du travail. 26 cas belges sur 42, soit 62%, sont au niveau 2, celui de l’adoption. 12 sont au niveau 3, 3 au niveau 4, aucun au niveau 5.

Sur le financement. 31 cas sont classés en budget propre, 7 en financement de média public, 2 en financement OpenAI et 2 en financement Google. La note méthodologique précise que « budget propre » est attribué par défaut dans environ 62% des cas de la base, faute d’autre financeur identifié.

3. Quels médias belges ont recours à l’IA, et pour quoi faire ?

Dix-huit organisations figurent sur la fiche belge. Je les ramène ici à quinze lignes, parce que plusieurs appartiennent au même groupe.

OrganisationCasCe que la base documente
Mediahuis6Outil de résumés et de titres NewsCondenser (2023), modèle de prédiction du désabonnement (2023), plateforme de données publicitaires (2023), moteur de recherche d’archives (2024), chaîne d’agents pour l’information « de première ligne » (2025 et 2026)
Roularta Media Group6Plan IA à l’échelle du groupe, voix de synthèse pour Knack et Trends, transcription et traduction, recherche documentaire, illustrations générées, audiences publicitaires (tous datés de 2024)
De Tijd et L’Echo (Mediafin)5Brèves boursières automatiques en français et en néerlandais (2020), classement des articles par besoin du lecteur (2024), articles audio (2024), plateforme publicitaire TrustIQ (2025), assistant de consultation de rapports ESG (non daté)
VRT5Assistant pour les titres (2022), transcription (2024), sous-titrage automatique des dialectes flamands (2025), signalement commun des contenus générés par IA avec Play et DPG Media (2025), outil d’analyse d’audience (2026)
RTBF4Groupe de travail sur les réseaux de neurones (2018), garde-fous éditoriaux (2024), transcription d’interviews (2024), 843 articles de résultats électoraux générés puis relus (2024)
Ventures Media, Elle Belgium, Psychologies Belgium4Articles générés par IA et signés de faux journalistes (2025)
Belga2Outils IA intégrés au système éditorial : titres, résumés de communiqués et de rapports annuels, traduction, transcription (2024). Partenariat avec FirstHour.ai en communication de crise (2026)
Business AM2Rédaction et traduction d’articles confiées à ChatGPT (2023)
DPG Media et DPG Media Belgium2ChatDPG, suite d’outils bâtie sur GPT-4 et hébergée sur des serveurs privés (2024). Un second cas, que la fiche ne permet pas d’identifier
De Morgen1Couvertures de supplément illustrées par IA et signalées comme telles (2025)
Trustmedia1Trust Insights, outil de ciblage publicitaire de la régie de Mediafin (2024)
Le Soir1Participation au programme Newsroom AI Catalyst de WAN-IFRA et OpenAI (2024)
Groupe Rossel1Participation à la cohorte avancée du même programme (2025)
RTL Belgium1Indexation automatique des archives TV, radio et web (2017)
POLITICO1Un cas, que la fiche ne permet pas d’identifier

J’ai relu à la source les cas RTBF, Mediahuis, Ventures Media, VRT (sous-titrage), DPG (ChatDPG), Rossel, Belga (FirstHour.ai), Trustmedia et Business AM. Les autres sont repris tels que la base les décrit.

Trois profils se dégagent :

  • Ceux qui construisent leurs outils : Mediahuis, Mediafin, DPG Media et la VRT.
  • Ceux qui les achètent : Roularta, Belga, la RTBF.
  • Et ceux dont la base ne documente qu’une participation à un programme : Le Soir et Rossel.

Sur les 40 cas que j’ai identifiés, j’en compte une douzaine de construits en interne, tous dans le premier groupe, et 18 achetés à un fournisseur. OpenAI apparaît dans 7 cas.

Quatre cas méritent qu’on s’y arrête, parce que leur source dit davantage que la fiche.

La RTBF, le 13 octobre 2024. Le soir des élections communales, la RTBF a publié des textes de résultats générés par Claude 3, le modèle d’Anthropic, pour les 262 communes wallonnes et les 19 communes bruxelloises. Trois textes par commune, soit 843 articles. L’article signé Sylvia Falcinelli précise que la « créativité » du modèle était réglée sous 20%, que les calculs restaient hors de l’IA et que les textes étaient relus et validés avant publication.

Mediahuis, le 12 février 2026. À Londres, Ana Jakimovska, responsable de la stratégie IA du groupe, a décrit une chaîne de six agents, à l’essai, pour l’information courante, que Mediahuis appelle « first-line news ». Un agent juge l’intérêt du sujet, un deuxième rédige, un troisième choisit les images, un quatrième relit sous l’angle juridique, un cinquième vérifie les faits, un sixième surveille la polarisation du débat. Un ou une journaliste valide avant publication. Le dispositif concerne 25 titres dans cinq pays et 2.000 journalistes, selon Press Gazette.

Ventures Media, fin juin 2025. VRT NWS a révélé que les éditions belges néerlandophones d’Elle, Marie Claire, Forbes et Psychologies publiaient des articles générés par IA sous de fausses signatures. « Sophie Vermeulen » signait 403 articles depuis le début de l’année, « Marta Peeters » 150, et « Femke » 44 des 46 articles de Psychologies relevés fin juin. L’éditeur a reconnu des articles entièrement produits par IA et non relus. Le 18 mars 2026, le Conseil de déontologie journalistique a constaté que l’éditeur avait gravement enfreint la déontologie et écrit que « les contenus produits par l’IA non relus, non validés par la rédaction ne peuvent en aucun cas rencontrer les critères d’une information journalistique ».

La VRT, en décembre 2025. La Flandre finance un système de sous-titrage automatique capable de comprendre ses dialectes. Budget : 1.027.000 euros sur deux ans, dont 749.000 euros apportés par la ministre flamande des Médias, Cieltje Van Achter, selon VRT NWS. Le consortium réunit la VRT, DPG Media, Play Media, NORTV, la KU Leuven, l’Université d’Anvers et imec. La fiche J·Index n’en cite qu’une partie.

Une absence, pour finir. Aucune des 18 organisations n’est une rédaction locale au sens courant : ni télévision locale, ni média de proximité, ni site régional indépendant. Dans la base, les rédactions locales belges sont aux abonnés absents.

4. Où se situe la Belgique par rapport à ses voisins ?

Rapportée à sa population, la Belgique est mieux documentée que la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, et moins que la Suisse, le Danemark et la Norvège.

PaysCasOrganisationsCas par million d’habitantsCas au niveau 3 ou plusCas signalés comme controverses
Belgique42183,636%17%
Pays-Bas47332,634%9%
France97471,436%1%
Allemagne173872,146%3%
Suisse50315,646%8%
Danemark36236,058%14%
Norvège622611,135%10%

Les cas par million d’habitants sont mon calcul, sur des populations arrondies. Les autres colonnes viennent des fiches pays.

Quatre lectures.

► Peu d’organisations, beaucoup de cas chacune. 18 organisations en Belgique contre 33 aux Pays-Bas et 31 en Suisse, pour un volume comparable. La tranche belge repose sur quelques grands groupes.

► Un profil proche du néerlandais. L’automatisation de contenu pèse 24% des cas en Belgique et 30% aux Pays-Bas, contre 14% dans le monde et 6% en France.

► Une maturité dans la moyenne. 36% des cas belges atteignent le niveau 3, comme en France. L’Allemagne et la Suisse sont à 46%, le Danemark à 58%.

► Le taux de controverses le plus élevé des sept : 17%, contre 7% dans le monde (208 controverses sur 3.014 cas en août 2026). Ces 7 lignes belges correspondent à 3 affaires : Ventures Media compte pour 4, Business AM pour 2, Mediahuis pour 1. Ramené aux affaires, l’écart avec les voisins se referme presque entièrement.

5. Les constats mondiaux du J·Index se vérifient-ils en Belgique ?

Pour la plupart, oui. Deux ne se retrouvent pas, et un écart est propre à la Belgique.

Ce qui se retrouve.

► La rédaction d’abord. 60% des cas belges, la proportion mondiale.

► L’antériorité. Quatre cas belges précèdent ChatGPT, dont deux avant 2019.

► Le poids de la taille. Cinq organisations font 62% des cas. Mediahuis est passé en trois ans d’outils isolés à une chaîne d’agents.

► La dépendance aux fournisseurs. Roularta recourt à sept fournisseurs au moins pour six usages. OpenAI apparaît dans 7 cas belges, Google dans 1, Anthropic dans 1. Aucun cas ne décrit une rédaction qui aurait découplé son interface du modèle sous-jacent, comme le font France Télévisions ou News Corp Australia selon Katya Gorchinskaya.

► Le rôle du service public. La VRT participe à la construction d’un modèle de reconnaissance vocale pour des dialectes que les outils du marché comprennent mal, au nom de l’accessibilité. C’est le schéma que la base décrit pour les médias publics.

► L’absence de mesure. Sur 42 fiches, j’en ai relevé trois qui affichent un chiffre de résultat, dont deux concernent la publicité chez Mediafin.

► Aucun présentateur synthétique. La base n’en recense pas en Belgique, ce qui correspond à ce qu’elle observe en Occident. J’en connais pourtant au moins un, celui du Soir.

Ce qui ne se retrouve pas : les petites rédactions locales, qui font près d’un tiers des cas dans le monde et aucun en Belgique, et les rédactions natives de l’IA, puisque aucun cas belge n’atteint le niveau 5.

Ce qui est propre à la Belgique : le poids du commercial. La publicité (10% contre 2%) et l’analyse d’audience (7% contre 1%) y sont cinq à sept fois plus représentées. Katya Gorchinskaya voit dans le versant commercial une réserve encore inemployée. En Belgique, Mediafin, Mediahuis et Roularta ont commencé à y puiser.

Un écho, enfin. La base montre que les présentateurs synthétiques sont presque toujours des femmes. La Belgique n’a pas de présentateur synthétique, mais les cinq fausses signatures relevées par VRT NWS chez Ventures Media portent toutes un prénom féminin : Sophie, Marta, Claire, Elise, Femke…

6. Qu’est-ce que cela change pour un communiqué de presse ?

Dans plusieurs rédactions belges, le premier lecteur d’un communiqué n’est plus toujours un ou une journaliste. Quatre cas publics décrivent des machines qui résument, trient, réécrivent ou rédigent ce qui circule entre les organisations et les rédactions.

  1. Belga résume. Selon la fiche J·Index, l’agence a intégré en 2024 à son système éditorial des outils qui produisent des titres, des résumés de communiqués et de rapports annuels, des versions raccourcies, des traductions et des transcriptions.
  2. Mediahuis trie. L’agent chargé de juger l’intérêt d’un sujet puise dans une base de sources que Press Gazette énumère : l’AFP, Reuters et Belga, mais aussi Testachats, Oxfam, la KU Leuven, la VRT, le Parlement flamand, la Commission européenne et les comptes de responsables politiques sur les réseaux sociaux. Autrement dit, des organisations qui communiquent.
  3. Sudinfo réécrit. Le document interne décrit par Alter Echos le 29 septembre 2026, absent du J·Index à ce jour, prévoit dix situations, dont « un communiqué », chacune avec sa consigne préécrite, prête à être insérée dans l’IA. Deux règles l’encadrent : « N’invente jamais » pour la machine, « Ne jamais publier sans relecture humaine » pour la personne. Environ 120 journalistes y ont été formés en avril et mai 2026.
  4. Et du côté des organisations, FirstHour.ai rédige. Le partenariat entre Belga et cette plateforme de communication de crise a été annoncé le 22 juillet 2026. FirstHour.ai aide à rédiger vite un communiqué, le fait passer par un circuit de validation, l’adapte aux publics (médias, collaborateurs, clients, régulateurs) et le diffuse aux rédactions par Belga.share, selon The Media Leader.

Pour faire simple : un communiqué écrit avec l’aide d’une machine a désormais des chances d’être résumé, trié puis réécrit par d’autres machines, avec une relecture humaine à chaque étage. Du moins sur le papier…

Ce que ces cas montrent : dans l’agence de presse nationale, chez Mediahuis et chez Sudinfo, des outils existent pour traiter par IA les textes que les organisations adressent aux rédactions.

Ce que j’en déduis, et que rien ne mesure : ce qui n’est pas écrit en toutes lettres dans un communiqué a peu de chances de survivre à un résumé automatique. Un chiffre renvoyé en annexe, une date sous-entendue, une fonction sans nom, une nuance portée par le ton plutôt que par les mots.

Ce que ces cas ne permettent pas de conclure : la part des communiqués traités de cette façon, le taux d’erreur, l’effet sur la reprise. Personne ne publie ces chiffres. La relecture humaine annoncée partout est une règle écrite. Le J·Index ne vérifie pas son application (et moi non plus ;-)).

Trois questions pour une direction de la communication

La première : que reste-t-il de votre communiqué une fois ramené à trois lignes par un modèle ? Si le fait principal, son chiffre, sa date et le nom de la personne qui le porte ne tiennent pas dans le premier paragraphe, c’est le modèle qui choisira ce qu’il garde.

La deuxième : qui, chez vous, relit ce que les rédactions publient à partir de vos textes, et qui a le mandat de demander une correction ? Les règles existent du côté des médias. À la RTBF, tout projet de contenu d’information créé avec une IA doit être validé en amont par le directeur de l’information, et relu par une personne avant publication. Sudinfo a une charte depuis 2024. La décision du Conseil de déontologie journalistique sur Ventures Media montre que l’instance se saisit de ces dossiers. Encore faut-il que quelqu’un, chez vous, ait vu l’erreur.

La troisième : votre propre recours à l’IA dans vos communiqués est-il écrit quelque part ? Le règlement européen sur l’IA prévoit, à son article 50, une obligation de transparence pour certains textes générés par IA et publiés pour informer le public. C’est l’un des objets d’une charte IA, et la question se pose avant la crise, pas pendant.

Ces trois questions valent au-delà des rédactions. Les mêmes textes nourrissent les assistants que vos publics interrogent, et 17% des Belges de 18 à 24 ans passent déjà par un agent conversationnel pour s’informer, selon le Digital News Report 2026.

7. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le J·Index ?

Le J·Index, ou Journalism AI Index, est une base de données publique qui recense cas par cas l’adoption de l’intelligence artificielle par les médias du monde entier. Elle est tenue par la journaliste ukrainienne Katya Gorchinskaya et se consulte sur jindex.ai. Elle comptait 3.014 cas dans 140 pays en août 2026 et affichait plus de 3.700 cas le 3 octobre 2026.

Combien de médias belges ont recours à l’IA selon le J·Index ?

Le J·Index recense 42 cas d’usage de l’IA dans 18 organisations de presse belges, de 2017 à 2026 (relevé du 3 octobre 2026). Ce nombre compte des cas rendus publics. Il ne mesure pas la part des rédactions belges qui ont recours à l’IA.

Quels médias belges figurent dans le J·Index ?

Mediahuis et Roularta (6 cas chacun), De Tijd et L’Echo via Mediafin (5), la VRT (5), la RTBF (4), Belga, Business AM et Ventures Media (2 chacun), ainsi que DPG Media, DPG Media Belgium, De Morgen, Elle Belgium, Psychologies Belgium, Trustmedia, Le Soir, le Groupe Rossel, RTL Belgium et POLITICO (1 chacun).

La RTBF publie-t-elle des articles écrits par une IA ?

Oui, dans un cadre précis. Le 13 octobre 2024, la RTBF a publié 843 textes de résultats des élections communales générés par Claude 3 pour 281 communes, relus et validés avant publication. Ses règles internes imposent l’accord préalable du directeur de l’information et une relecture humaine systématique.

Le J·Index montre-t-il que la presse belge est en avance ou en retard sur l’IA ?

Non. Le J·Index est un inventaire des cas visibles, sans échantillonnage. Avec 42 cas, la Belgique est 24e sur 152 pays, et mieux documentée par habitant que la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Ce classement reflète en partie ce que les médias communiquent, pas l’intensité réelle de leur adoption.

Les rédactions belges lisent-elles les communiqués de presse avec une IA ?

Des cas publics le décrivent. Selon le J·Index, Belga a intégré en 2024 des outils qui résument communiqués et rapports annuels. Sudinfo a formé environ 120 journalistes en 2026 à des consignes préécrites, dont une pour les communiqués, selon Alter Echos. Aucune donnée publique ne mesure la part des communiqués traités ainsi ni le taux d’erreur.

Reste une question que ces 42 cas ne tranchent pas : combien de temps faut-il à une organisation pour s’apercevoir qu’un résumé automatique lui a fait dire autre chose que ce qu’elle a écrit ?

Ce sujet fait partie des chantiers que j’accompagne dans le diagnostic de réputation et de prise de parole.

Xavier Degraux ► Consultant & formateur LinkedIn™, IA et GEO · Prise de parole et réputation des organisations et de leurs dirigeant.es · Employee advocacy ► +500 organisations accompagnées depuis 2013 ► 10 ans journaliste éco (L’Echo, Trends)

Abonnez-vous à ma newsletter mensuelle gratuite !

En vous abonnant, vous acceptez que votre adresse serve uniquement à l’envoi de cette lettre d’information. Désinscription en un clic dans chaque envoi. Politique de confidentialité et de cookies · Mentions légales · Conditions générales

Vous pourriez aussi aimer
Aller au contenu principal