Usage de ChatGPT en Belgique : ce que montrent les données d’OpenAI (2024-2026)

J’ai optimisé cet article avec l’IA

En Belgique, l’usage de ChatGPT est devenu majoritairement personnel. Entre juillet 2024 et juin 2026, la part des messages liés au travail est passée de 47,1% à 26,8%, et les conseils pratiques sont devenus le premier thème de conversation, à 36,3% des messages. Voici ce que montre (et ce que ne permet pas de conclure) le dernier jeu de données belges d’OpenAI.

OpenAI a publié le 6 août la version 2.0 de Signals, son dernier jeu de données sur l’usage individuel de ChatGPT. Il couvre juillet 2024 à juin 2026, il est téléchargeable sous licence Creative Commons, et il est filtrable pays par pays. Du coup, j’ai repris les séries belges et je les ai remises dans l’ordre, avec ce qu’elles disent et ce qu’elles ne disent pas.

Méthodologie : ce que mesure OpenAI Signals, et sur quel échantillon

Signals repose sur un échantillon de 300.000 messages par mois, envoyés depuis des comptes ChatGPT Free, Go, Plus et Pro, par des personnes ayant déclaré un âge d’au moins 18 ans. Les messages issus des offres Enterprise et de Codex sont exclus, ainsi que les comptes supprimés et les personnes ayant refusé l’usage de leurs données pour l’entraînement.

Aucun message n’est lu par un être humain. La classification est faite par des modèles de langage, sur des données préalablement nettoyées de leurs informations personnelles identifiantes. Les statistiques publiées sont ensuite bruitées pour garantir la confidentialité différentielle : le budget de confidentialité vaut ε=1 pour avril à juin 2026, ε=2 pour janvier à mars 2026, et ε=4 pour décembre 2025 et les mois antérieurs. L’écart-type du bruit ajouté se situe entre 3 et 4. Toute cellule dont le nombre effectif de messages ne dépasse pas 100 n’est pas publiée.

Deux ruptures d’échantillon méritent d’être notées. La version 1.1 a fait passer le tirage de 100.000 à 300.000 messages mensuels, avec effet rétroactif sur les périodes antérieures. La version 2.0 a retiré et remplacé moins de 0,5% des messages de chaque mois.

Le travail est passé de 47,1% à 26,8% des messages belges

C’est le mouvement le plus net des deux années observées. En juillet 2024, 47,1% des messages individuels belges étaient classés comme liés au travail. En juin 2026, ils sont 26,8%. Les messages non professionnels sont passés, symétriquement, de 52,9% à 73,2%.

Répartition des messages professionnels et non professionnels au fil du temps dans les données individuelles sur ChatGPT

Au niveau mondial, le même indicateur passe de 51,3% à 30,4%. La Belgique suit donc la trajectoire globale, avec 3,6 points de moins en fin de période.

Une bascule concentrée sur l’été 2025

La courbe belge n’a pas évolué de façon régulière. Elle s’est érodée lentement pendant douze mois, puis a décroché en deux mois : d’environ 37% en mai 2025 à environ 25% en juillet 2025. Elle se stabilise ensuite dans une bande de 27 à 32%.

Les données ne disent pas pourquoi. Un changement de comportement, une évolution du produit, une modification du classifieur ou un effet de composition de l’échantillon produiraient la même courbe.

Attention aussi à ce que cette baisse ne signifie pas. Signals publie des parts, pas des volumes. Une part de messages professionnels qui recule dans un ensemble qui grossit reste compatible avec un nombre absolu de messages professionnels en hausse.

Les conseils pratiques sont devenus le premier usage belge

En juin 2026, le premier thème de conversation est le même en Belgique et dans le monde : les conseils pratiques. Mais la catégorie pèse plus lourd chez nous, à 36,3% des messages contre 32,1% au niveau mondial.

La Belgique se situe également au-dessus de la moyenne mondiale sur la recherche d’information, à 20,4% contre 18,8%. Elle se situe en dessous sur l’expression personnelle, le multimédia et les catégories résiduelles.

Voici l’évolution des sept thèmes en Belgique, d’une extrémité à l’autre de la période.

Deux courbes se croisent au printemps 2025 : les conseils pratiques passent devant la rédaction et ne repassent plus derrière.

Une troisième mérite un regard, celle de l’assistance technique, qui perd à peu près la moitié de son poids sur la période. Elle rassemble le calcul mathématique, l’analyse de données et la programmation. Signals exclut Codex, donc une partie de cette activité a sans doute changé d’adresse plutôt que disparu.

Ce que recouvre la catégorie « conseils pratiques »

Le dictionnaire de données d’OpenAI donne la correspondance entre les étiquettes fines du classifieur et les sept thèmes publiés.

« Conseils pratiques » regroupe quatre choses : les demandes de type comment faire, le tutorat et l’enseignement, l’idéation créative, et la santé, la forme, la beauté et le soin de soi.

Autrement dit, le premier usage belge de ChatGPT n’est pas une catégorie homogène. Il mélange l’aide à la décision, l’apprentissage et le bien-être personnel. Les données publiées ne permettent pas de savoir dans quelle proportion. Malheureusement.

La rédaction a perdu la moitié de son poids, mais reste le premier usage professionnel

La rédaction est la catégorie qui recule le plus, en Belgique comme ailleurs. Au niveau mondial, elle passe de 34,3% des messages en juillet 2024 à 22,3% en juin 2026. En Belgique, la chute est plus marquée encore : de 42,4% à 21,9%.

Ce recul relatif ne rend pas la rédaction marginale. Elle reste le deuxième thème général, et surtout le premier usage professionnel.

En juin 2026, elle représente 37,3% des messages professionnels au niveau mondial et 41,9% en Belgique. Elle en représentait près de 58% en juillet 2024.

La Belgique conserve donc une spécialisation professionnelle plus forte autour de la production, de la reformulation et de la structuration de textes.

Sur les autres thèmes professionnels belges, les conseils pratiques progressent vers 25%, la recherche d’information vers 13%, tandis que l’assistance technique recule sous les 7%.

La traduction, angle mort belge

La catégorie « rédaction » couvre cinq étiquettes : la correction ou la critique d’un texte fourni, l’écriture personnelle ou la communication, la traduction, la production d’arguments ou de résumés, et la fiction.

La traduction y est donc noyée. Dans un pays à trois langues officielles, où une part du travail de bureau consiste à faire passer un texte du néerlandais au français ou vers l’anglais, ce détail n’est pas anodin. Les données publiées ne permettent pas de l’isoler, et je me garderai d’affirmer que la surperformance belge sur la rédaction professionnelle s’explique par le bilinguisme.

Deux thèmes seulement sont majoritairement professionnels

En croisant le thème et le contexte sur les messages de juin 2026, la répartition belge se lit facilement.

Répartition des messages par objectif et par thème de conversation dans les données individuelles sur ChatGPT

Seules l’assistance technique et la rédaction basculent du côté professionnel, et de peu. Tout le reste relève d’abord de la vie privée, y compris la recherche d’information, à plus de huit messages sur dix.

Dans le privé, on demande. Au travail, on fait produire.

OpenAI distingue trois intentions : demander une information, faire produire ou exécuter quelque chose, et s’exprimer.

En juin 2026, les messages professionnels relèvent d’abord de l’action. Dans le monde, 45,4% de ces messages demandent à ChatGPT de produire ou d’effectuer quelque chose. En Belgique, cette part est de 43,2%.

Part des messages relevant de la recherche d'info, de l'action et de l'expression dans ChatGPT en Belgique

Dans les messages non professionnels, l’ordre s’inverse : la demande d’information arrive en tête. Et la logique est plus marquée chez nous, avec 48,7% des messages non professionnels classés en « demander », contre 45,1% au niveau mondial.

Dans les usages personnels, les conseils pratiques représentent 40,4% des conversations belges contre 35% au niveau mondial, et la recherche d’information 24,3% contre 22%. Ces deux catégories totalisent près des deux tiers des messages non professionnels belges.

Qui envoie ces messages : âge déclaré et type de prénom

Les 35-54 ans pèsent plus lourd en Belgique

En juin 2026, les 25-34 ans forment le premier groupe dans le monde comme en Belgique, autour de 35% des messages belges (attention : les données d’âge ne concernent que les comptes ayant déclaré un âge, aucun âge n’est inféré).

L’écart se situe ailleurs. La Belgique compte une part plus faible de messages provenant des 18-24 ans, autour de 23% contre près de 31% au niveau mondial, et une part plus élevée provenant des 35-54 ans. Ces derniers représentent 34,9% des messages belges issus de comptes à âge déclaré, contre 27,4% au niveau mondial.

Répartition des messages par tranche d’âge déclarée

La série belge des 18-24 ans est d’ailleurs la plus heurtée des six. Elle bondit à l’automne 2024, se maintient au-dessus de 30% pendant neuf mois, puis retombe brutalement à l’été 2025.

Sur une population aussi restreinte, le bruit différentiel et les effets de composition pourraient suffire à produire ce genre de dents de scie. Je n’en tirerais donc aucune conclusion définitive sur les jeunes Belges.

Le basculement des prénoms au printemps 2025

En juillet 2024, environ 58% des messages belges provenaient de comptes portant un prénom typiquement masculin, contre environ 42% pour les prénoms typiquement féminins.

Les deux courbes se croisent au printemps 2025. Et en mars 2026, dernier point publié pour la Belgique, le rapport est inversé : près de 54% pour les prénoms féminins, contre 46% pour les prénoms masculins.

Répartition des messages selon le type de prénom masculin ou féminin

Sur les thèmes, la Belgique n’affiche que trois croisements publiés, les quatre autres tombant sous le seuil de publication.

La rédaction est le thème le plus déséquilibré : environ deux tiers de ces messages proviennent de comptes à prénom féminin. Les conseils pratiques penchent légèrement du même côté, et la recherche d’information se partage à parts presque égales.

Répartition des messages par thème selon les utilisateurs portant un prénom de type masculin ou féminin

Précision de méthode, et elle compte : OpenAI ne collecte pas le genre. Il s’agit d’une correspondance entre le prénom du compte et des bases externes, retenue seulement quand un prénom est associé à plus de 95% à un genre. Ce n’est donc pas une identité déclarée, et les prénoms épicènes sont exclus de l’analyse.

La Belgique face au monde, juin 2026

Indicateur, juin 2026BelgiqueMondeÉcart
Messages professionnels26,8%30,4%-3,6 pts
Conseils pratiques, tous messages36,3%32,1%+4,2 pts
Recherche d’information, tous messages20,4%18,8%+1,6 pt
Rédaction, tous messages21,9%22,3%-0,4 pt
Rédaction, dans les messages professionnels41,9%37,3%+4,6 pts
Conseils pratiques, dans les messages non professionnels40,4%35%+5,4 pts
Recherche d’information, dans les messages non professionnels24,3%22%+2,3 pts
« Demander », dans les messages non professionnels48,7%45,1%+3,6 pts
« Produire ou effectuer », dans les messages professionnels43,2%45,4%-2,2 pts
35-54 ans, comptes à âge déclaré34,9%27,4%+7,5 pts

Ce qu’il faut retenir

  • ChatGPT est entré en Belgique dans une phase d’usage ordinaire. Les conversations individuelles ne sont plus majoritairement professionnelles.
  • Le profil belge est plus utilitaire que la moyenne mondiale : plus de conseils pratiques, plus de recherche d’information, moins d’expression personnelle et de multimédia.
  • Dans le cadre professionnel, la rédaction reste l’usage dominant, à 41,9% des messages professionnels belges, et davantage qu’au niveau mondial.
  • La Belgique ressemble moins à un marché d’expérimentation technique qu’à un marché d’assistance concrète : comprendre, formuler, décider et agir.

Ce que ces données ne permettent pas de savoir

C’est la partie la plus importante de cette édition.

  • Elles ne disent pas combien de Belges recourent à ChatGPT (j’estime ce nombre entre 3 et 4 millions d’utilisateurs mensuels). Signals publie des parts de messages, pas des utilisateurs, pas des volumes, pas des taux de pénétration.
  • Elles sous-estiment l’usage professionnel, et OpenAI l’écrit noir sur blanc. Les offres Enterprise et Codex sont exclues de l’échantillon. Les 26,8% de messages professionnels belges sont donc un plancher, pas une mesure du travail assisté par IA en Belgique.
  • Elles ne concernent que ChatGPT. Rien évidemment sur Gemini, Copilot, Claude, Perplexity ou Le Chat, alors que ces outils captent une part croissante de l’usage belge.
  • Elles reposent sur une classification automatique. Un message classé « conseils pratiques » recouvre aussi bien une question de santé qu’une demande d’aide au devoir. Aucun humain n’a relu ces étiquettes.
  • Elles sont bruitées volontairement. Avec un écart-type de bruit compris entre 3 et 4, les petites cellules pays bougent d’un mois à l’autre sans qu’il se soit rien passé. Les variations belges de faible amplitude ne se lisent pas.
  • Elles comportent des trous. Quatre thèmes sur sept sont absents du croisement prénom et thème pour la Belgique, faute d’atteindre le seuil de 100 messages effectifs. La série des prénoms s’arrête en mars 2026 pour la même raison.
  • Elles ne sont pas strictement comparables d’une version à l’autre. L’échantillon a triplé entre les versions 1.0 et 1.1, et la version 2.0 a remplacé une fraction des messages de chaque mois.
  • Elles ne disent rien de la satisfaction, de la qualité des réponses, ni du fait que la personne ait obtenu ce qu’elle cherchait.

Questions fréquentes

Combien de Belges se servent de ChatGPT ?

Les données OpenAI Signals ne répondent pas à cette question. Elles publient des parts de messages classés par thème, par contexte et par intention, jamais un nombre d’utilisateurs ni un taux de pénétration. Un classement des pays par messages par habitant existe pour 147 pays sur avril à juin 2026, mais il donne un rang, pas un effectif.

À quoi sert ChatGPT en Belgique en 2026 ?

En juin 2026, les conseils pratiques arrivent en tête avec 36,3% des messages individuels belges, devant la rédaction à 21,9% et la recherche d’information à 20,4%. Suivent l’expression personnelle, le multimédia, l’assistance technique et les catégories résiduelles, chacune sous les 10%.

Les Belges s’en servent-ils surtout pour le travail ?

Non. En juin 2026, 26,8% des messages individuels belges sont classés comme liés au travail, contre 47,1% en juillet 2024. Ce chiffre sous-estime l’usage professionnel réel, puisque les offres Enterprise et Codex sont exclues de l’échantillon.

Quel est le premier usage professionnel de ChatGPT en Belgique ?

La rédaction, à 41,9% des messages professionnels belges en juin 2026, contre 37,3% au niveau mondial. Cette catégorie regroupe la correction de textes, l’écriture personnelle et professionnelle, la traduction, la production d’arguments ou de résumés, et la fiction.

Quel âge ont les personnes qui envoient ces messages ?

Parmi les comptes ayant déclaré leur âge, les 25-34 ans forment le premier groupe belge, autour de 35% des messages. Les 35-54 ans pèsent 34,9%, contre 27,4% au niveau mondial. Les 18-24 ans sont sous-représentés par rapport à la moyenne mondiale.

Les données OpenAI Signals sont-elles fiables ?

Elles sont documentées, reproductibles et publiées sous licence Creative Commons, ce qui les place au-dessus de la plupart des chiffres qui circulent sur l’IA. Mais elles portent sur un échantillon de 300.000 messages mensuels, bruité pour garantir la confidentialité différentielle, classé par des modèles et non par des humains, et amputé des usages en entreprise. Ce sont des ordres de grandeur solides, pas des mesures d’audience.

Ces chiffres incluent-ils l’usage des entreprises belges ?

Non. Signals ne couvre que les comptes Free, Go, Plus et Pro. OpenAI publie séparément un jeu de données Enterprise Signals pour les usages en organisation.

Xavier Degraux ► Consultant, formateur et conférencier ► Prise de parole et réputation des organisations ► Je transforme marque, CEO, Comex & ambassadeurs en médias d’autorité (Thought Leadership) ► Expert LinkedIn™, Data & IA ► Ex- Journaliste éco

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